Plus grands que le monde, Meredith Hall, Le livre de poche

Début des années 30. Tup est étudiant en ingénierie grâce à son père, exploitant d’une ferme laitière dans le Maine, qui tient à ce que son fils fasse des études. Lorsqu’il se marie avec Doris, en 1933, il a encore 2 ans d’études à faire, puis elle pourra commencer les siennes pour devenir enseignante. Mais la réalité vient contrecarrer leurs plans quand le père de Tup décède brutalement : celui-ci, faisant valoir son droit d’aînesse, va reprendre la ferme alors que ses deux frères se partagent l’argent qui reste.

Ainsi, ce printemps-là, Doris et Tup se retrouvent propriétaires d’une ferme laitière sans aucune main d’oeuvre, et un bébé à venir. La vie est difficile, mais Tup et Doris s’aiment et travaillent dur, appréciant une vie simple et proche de la nature auprès de leurs trois enfants, Sonny, Dodie et Beston. Jusqu’à ce qu’un drame obscurcisse leur ciel si limpide…

Dans ce roman choral, Meredit Hall donne la parole à Doris, Tup et Dodie qui expriment tour à tour leurs émotions quotidiennes. Face au deuil, chacun emprunte un chemin personnel, avec ses réactions viscérales, ses évitements et un fort sentiment de culpabilité qui menace les fondations familiales. “Plus grands que le monde” est un roman sensible et plein de grâce, dont les personnages nous émeuvent par leur humilité et leur long combat pour renaître. Bouleversant.

 

 

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Les âmes féroces, Marie Vingtras, collection Points, 8,40 euros

Mercy, petite ville paumée des Etats-Unis. Dans la douceur du printemps, le corps d’une adolescente est retrouvé, à moitié immergé, au milieu des iris sauvages. C’est Léo, 17 ans, la fille de Seth, l’ancien garagiste de la commune, jeune fille sage, sans histoires, plutôt réservée. Dans cette petite ville où il ne se passe jamais rien, c’est la stupéfaction.

La nouvelle shérif, Lauren, n’est pas appréciée de tous dans la communauté, peut-être du fait de son orientation sexuelle ; c’est elle qui va prendre en main l’enquête, et c’est aussi la première voix qui nous raconte les faits. Car “les âmes féroces” est un roman choral où quatre personnages vont dérouler leur vérité, en suivant la ronde des saisons : Tout d’abord Lauren, ensuite M. Chapman, le professeur de français de Léo, puis Emmy, sa meilleure amie, et enfin son père, Seth.

A travers ces quatre regards sur l’événement, l’image de Léo se dessine sous plusieurs facettes, comme difractée par un kaléidoscope, et on découvre aussi les noirceurs cachées de l’âme de chacun des narrateurs. Voici un roman envoûtant, dont l’ambiance évoque certains films ou séries américains (on pense notamment à “Twin Peaks”) et qui se lit d’une traite.

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Une histoire captivante en Alaska

Une histoire d’ours, Eowyn Ivey, éditions Gallmeister, 24,90 euros

Birdie, maman solo d’une petite Emaleen, 6 ans, vit dans une cabane sommaire en Alaska au sein d’une petite communauté où tout le monde se connaît. Elle est serveuse dans un bar et doit parfois laisser sa fille seule. Un jour, celle-ci s’égare dans la forêt et revient au bras d’Arthur Nielsen, un homme taiseux et sauvage, à la limite de l’autisme, qui vit dans une cabane éloignée de tout.

Contre toute attente, Birdie tombe amoureuse et va s’installer chez lui dans sa cabane vétuste, sans eau ni électricité, au coeur de la forêt. Birdie a l’impression d’avoir trouvé le mode de vie dont elle rêvait, vivant de pêche et de cueillette, faisant elle-même son feu et retapant la vieille cabane. Ce pourrait être le paradis si Arthur ne disparaissait pas sans prévenir, restant absent parfois quelques jours, sans rien dire de ses escapades. Peu à peu Birdie comprend qu’Arthur cache une face sombre qu’il ne maîtrise pas lui-même. Birdie et Emaleen sont-elles en sécurité avec lui?

“Une histoire d’ours” nous entraîne dans la vie sauvage en Alaska et tous les dangers qu’elle recèle. C’est un conte initiatique, presque onirique, qui peut être déroutant mais aussi plein de poésie et qu’on lit d’une traite avec beaucoup de plaisir.

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Et si nous étions en guerre

L’homme sous l’orage, Gaëlle Nohant, éditions l’Iconoclaste, 21,90 euros

1917. Rosalie, 19 ans, vit avec sa mère Isaure dans un château avec un domaine viticole que sa mère a repris suite aux départs à la guerre de son mari, Roland et de son fils, Achille. Isaure est une femme assez froide avec Rosalie et qui ne s’est jamais vraiment remise du décès de son autre fille, alors bébé.

Un soir d’orage, un homme demande à voir Isaure. Rosalie ne peut s’empêcher de les espionner et comprend que sa mère connaît le vagabond qu’elle appelle par son prénom, Théodore, et que surtout elle refuse catégoriquement de l’accueillir, ce qui ne ressemble pas à sa charité chrétienne habituelle. Quelques heures plus tard, Rosalie repère le rôdeur dans le jardin  et va à sa rencontre pour le mettre à l’abri dans le grenier.

A partir de là, c’est un jeu de dupes qui se met en place. Rosalie prend tous les risques pour protéger Théodore, qui est pourtant un déserteur alors que son père et son frère sont sur le front. C’est un véritable dilemme pour elle. Par ailleurs, elle devient aide soignante à l’hôpital où elle assiste à toutes les atrocités de la guerre.

Gaëlle Nohant nous offre un roman historique d’une facture si juste qu’on le croirait actuel. Elle nous entraîne dans les atermoiements et les arrangements de ses personnages avec une plume d’une grande sensibilité. Un bon roman de rentrée littéraire.

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La mère suffisamment bonne

La Bonne MèreLa bonne mère, Mathilda di Matteo, éditions l’Iconoclaste, 20,90 euros

La bonne mère n’est pas seulement une basilique, c’est aussi Véro, la mère de Clara, 25 ans, marseillaise jusqu’au bout des ongles, gouailleuse ne mâchant pas ses mots, pourvue des accessoires de la cagole pur jus, bronzage intégral, pantalons léopard, vêtements voyant et colorés. Depuis que Clara est partie à Paris faire un doctorat et en parallèle donner des cours à Sciences po, le clivage avec l’univers de son enfance est flagrant , elle est devenue une transfuge de classe. Surtout quand elle ramène son petit ami, Raphaël, immédiatement surnommé “le girafon” par sa mère, qui vient d”une famille BCBG catholique et rigoriste. Les deux mondes se percutent de plein fouet, pour le plus grand bonheur du lecteur.

Véronique et Clara sont alternativement les deux narratrices de ce livre truculent et inattendu, toujours drôle tout en évoquant des sujets parfois graves, comme l’emprise ou les violences conjugales. Les personnages hauts en couleur sont très attachants et on termine le livre sur une note de tendresse au-delà de la drôlerie. C’est une joie de lire “la Bonne mère” , premier roman dans une rentrée littéraire parfois morne, voilà un livre réjouissant et jamais manichéen. Une belle découverte!

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Cet autre Finistère

Finistère, Anne Berest, éditions Albin Michel, 23.90 Euros, à paraître le 20 Août

On avait beaucoup aimé “la carte postale” qui retraçait la vie de la branche maternelle familiale de l’auteur . Avec “Finistère”, elle s’attaque à l’exploration de sa branche paternelle, à travers son arrière-grand-père, Eugène, son grand-père Eugène et enfin son père, Pierre. Quand elle entame son récit en 2021, alors qu’elle vit le tourbillon du succès de son livre “la Carte postale”, Pierre apprend qu’il a de gros problèmes de santé. Elle passe alors du temps à l’interroger et il souhaite lui raconter une période de jeunesse sur laquelle il ne s’était pas encore exprimé, quand il était militant communiste et qu’il rencontre sa mère, militante féministe.

“Finistère” porte bien son nom : rude, dans une tonalité douce-amère, comme l’est sa relation à son père. Elle découvre des facettes inconnues de ce père scientifique et exigeant, qui a élevé ses filles dans des valeurs féministes, souhaitant qu’elles se débrouillent seules et soient indépendantes. A plusieurs reprise, l’auteur déplore l’éloignement qui caractérise leur relation.

Voici le portrait tout en nuances d’un père qui ressemble à un roc breton, avare de ses sentiments. Cette pudeur, qui empêche la relation à sa fille de s’épanouir totalement, est finalement due au socle de leur relations initiales et découle de la lignée paternelle elle-même. Un roman bouleversant qui revient aux sources de toute relation parents/ enfants.

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Une pépite enfin en format poche

Des gens comme il faut,  Florence Chataignier, collection Pocket, 8,40 euros

Fleur et Nine grandissent dans une famille bourgeoise d’apparence parfaite, messe tous les dimanches, apprentissage précoce des bonnes manières, vacances d’été sur la côte Basque chaque année avec la famille et les amis. Mais à la mort de son père, quand Fleur, quadragénaire, entreprend de trier les papiers familiaux dans sa cave, c’est une toute autre image qui se dessine…

A travers ces lettres et ces photos, Jean, son père, apparaît comme un personnage haut en couleurs mais pétri d’ambivalences, injuste envers ses filles (l’aînée, Nine, portée aux nues, la cadette, Fleur, dénigrée), belliqueux avec ses amis et épuisant pour sa femme. Le couple n’est pas heureux, leur histoire est “celle d’un tétraplégique qui demande à une aveugle de le ramener sur le rivage”. En se penchant sur son passé dans l’intimité suintante de la cave, Fleur révèle peu à peu les zones d’ombres de Jean et les ressorts biaisés de sa relation avec sa femme et ses filles.

“Des gens comme il faut” est un roman d’une grande délicatesse, décrivant une famille singulière, fondée sur un leurre, ce qui la rend touchante, et porté par le regard poétique et bienveillant de Florence Chataignier. Une belle découverte.

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I have a dream

Promesse, Rachel Eliza Griffiths, éditions Gallimard, 24 euros

1957. La famille Kindred et la famille Junkett sont les deux seules familles noires de Salt Point dans le Maine, et ils se serrent les coudes. Caesar et Irène Junkett ont quatre enfants, Ernest, Lindy et les jumeaux Rosemary et Empire.  La famille Kindred est composée de Lena et Jeremiah et de leurs deux filles , l’ainée Ezra et la cadette Cinthy. La meilleur amie d’Ezra est Ruby, une fille blanche et pauvre qui rêve de devenir aviatrice. Mais la puberté s’annonce, et les filles sentent que le regard des hommes sur elles change.

Elles sentent aussi grandir l’acrimonie de leur mère vis à vis de la sienne, qu’elle juge incapable d’être une vraie grand-mère pour ses enfants. Alors que leur mère développe les symptômes d’une maladie grave, leur institutrice Miss Burden, , est retrouvée morte noyée. Tandis que des échos de la révolte des noirs parviennent jusqu’à eux, l’ambiance du village se tend, et les deux familles ne semblent plus les bienvenues.

Un livre poignant et déchirant, écrit avec poésie et qui évite les écueils du manichéisme. On se prend d’affection pour la jeune Cinthy et on a du mal à refermer ce livre qui nous émeut.

 

 

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Un roman passionnant enfin en format poche

La branche tordue,  Jeanine Cummins, collection 10/18, 9,90 euros

Majella vient de donner naissance à son premier enfant, la petite Emma. Ayant quitté le centre de New York pour le quartier de son enfance du Queens après avoir racheté la maison de ses parents, partis en Floride, elle a du mal à trouver ses repères dans cette vie de jeune maman. Epuisée et à fleur de peau, elle consulte une psychologue car elle croit entendre des crissements dans le grenier et doute de sa santé mentale.

C’est alors qu’elle y découvre le carnet d’une de ses ancêtres, Ginny Doyle, qui connut la grande famine en Irlande en 1848 et dut abandonner ses enfants pour travailler et subvenir à leurs besoins. Majella s’interroge sur son héritage familial : existe-t-il dans sa généalogie une “branche tordue” qui ferait des femmes de sa lignée de mauvaises mères?

Jeanine Cummins mêle deux histoires, celle, poignante, de Ginny Doyle qui se bat pour survivre et sauver ses enfants de la famine, et celle de Majella qui essaie de nouer le lien avec son enfant et trouver sa place de femme et de mère. Ainsi elle nous offre un récit à deux voix où surgissent d’étranges résonnances, à la fois fresque historique et roman d’une lignée de femmes qui explore le lien viscéral qui lie les mères à leurs enfants. Passionnant.

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Connait-on réellement son enfant ?

Le goût des secrets, Jodi Picoult et Jennifer F. Boylan, éditions Actes Sud, 23,80 euros

Olivia Mcafee fuit son mari violent pour s’installer avec son fils Asher à Adams, dans le New Hampshire, où elle reprend les ruches de son père. Au même moment, Lily et sa mère déménagent elles aussi pour Adams. Quand Lily et Asher se rencontrent, c’est le coup de foudre : Cette fille plutôt discrète fait fondre Asher, alors qu’elle se sent en confiance avec lui. Mais quand Lily est retrouvée morte au pied de son escalier, c’est une tout autre histoire qui se joue.

Olivia est convaincue que son fils est innocent et embauche son propre frère, un ténor du barreau, pour le défendre. L’enquête se complique lorsqu’on se rend compte qu’Asher dissimulait certaines choses et Olivia ne peut s’empêcher de voir en lui  l’héritage violent de son père.

Les deux autrices nous offrent un imposant roman à clefs porté par des rebondissements inédits. Elles posent la question de l’acceptation de la différence, de l’amitié et de la trahison , et nous livrent une histoire captivante et émouvante au suspense dévorant.

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