Une amie si fidèle…

Ma meilleure ennemie, Paula Daly, Editions Pocket, 7,80 euros

Natty, héroïne du quotidien, s’affaire du matin au soir dans l’hôtel qu’elle dirige avec son mari Sean tout en s’occupant de ses deux filles de 14 et 16 ans. Lorsque la cadette, Felicity, est hospitalisée d’urgence lors de son voyage scolaire  en France, Natty se précipite à son chevet en laissant la maisonnée aux mains de sa meilleure amie, Eve, psychologue de renom, de passage dans la région. Mais à son retour, tout a changé : Sean lui annonce qu’il est tombé amoureux d’Eve et qu’il veut divorcer. Le choc est rude pour Natty, d’autant qu’elle découvre grâce à un message anonyme le passé trouble d’Eve… Elle va devoir se battre pour sa famille face à une ennemie redoutable, rompue aux techniques de manipulation et connaissant ses plus lourds secrets.

Ce qui nous plaît dans ce thriller, comme dans le précédent du même auteur (“la faute” éditions Pocket), c’est l’aspect ordinaire et par là même attachant de ses personnages qui nous ressemblent, pétris de névroses contemporaines auxquelles il semble qu’on ne peut échapper : le désir de se réaliser et d’arriver à une sorte de perfection, comme le dit bien la phrase d’Anna Quindlen en exergue du livre : “j’avais la bêtise de croire que house beautiful rimait avec life wonderful”. Ainsi Natty se laisse piéger par son quotidien trépidant, jusqu’à en oublier l’essentiel, en l’occurrence sa vie de couple. L’auteur a l’art de mettre ses personnages face à leurs contradictions, dans des situations inextricables où l’on se surprend à se poser la question : “et moi, qu’aurais-je fait?”.

Un triller psychologique implacable, mené tambour battant et dont le dénouement nous laisse abasourdis.

Catégories: Livres de poche | Laisser un commentaire

Variations sur la famille

Parmi les dix milliers de choses, Julia Pierpont, éditions 10/18,  8,10 euros

Une famille New-yorkaise comme il y en a tant : Jack, le père, artiste reconnu et incorrigible séducteur ; Deborah, dite Deb, la mère, ancienne ballerine reconvertie en professeur de danse ; Simon, ado typique, savant mélange de révolte et de nonchalance, et enfin Kay, pré-ado à l’esprit vif en proie aux moqueries de ses camarades. Un paquet anonyme envoyé par la poste va faire voler en éclats le fragile équilibre familial : dans cette boîte, des e-mails aussi impudiques que ravageurs dévoilent la double vie de Jack. Adressé à Deb, le paquet tombe entre les mains des enfants, faisant d’eux les témoins involontaires de l’intimité crue de leur père et créant ainsi des dégâts irréversibles…

De ce canevas habile, Julia Pierpont tire un roman étonnamment construit, posant sur le monde un regard à la fois plein d’humanité et d’une ironie mordante. Elle slalome adroitement, évitant les écueils et poncifs du genre : chaque personnage se révèle riche de contradictions, portant son lot de secrets. Des réflexions d’une grande clairvoyance parsèment le récit, comme cette césure au milieu du roman, où l’auteur résume soudain l’avenir de ses personnages en quelques pages, comme on balaie un panorama du regard. Un roman drôle et subtil, d’une maturité surprenante (l’auteur n’a que 28 ans!). Une réussite.

Catégories: Divers, Livres de poche | Laisser un commentaire

Florence Gordon, vous adorerez la détester!

La vie selon Florence Gordon, Brian Morton, éditions 10/18, 8,10 euros

Alors qu’elle entame la rédaction de ses mémoires, Florence, auteur féministe culte des années 70 dont la gloire s’est ternie, voit son fils Daniel se réinstaller à New-York, flanqué de sa femme Jeanine et de leur fille Emily. Bientôt leurs préoccupations et problèmes relationnels semblent envahir l’espace de la vieille dame, menaçant sa sacro-sainte tranquillité…

On adore détester le personnage de Florence Gordon, mère et grand-mère indigne qui abhorre le métier choisi par son fils (policier), écorche le prénom de sa petite-fille et supporte mal l’admiration béate que lui porte sa belle-fille. L’aïeule acariâtre suscite malgré tout une certaine sympathie car elle suit ses désirs quitte à déplaire et conserve sa liberté d’action en toutes circonstances, renvoyant dans ses pénates l’ “ange du foyer” dont se méfiait déjà Virginia Woolf. Florence est le personnage principal haut en couleur d’une galerie de portraits remarquablement décrits : Daniel, policier ayant étouffé dans l’oeuf des velléités d’artiste,  Jeanine, quadragénaire en proie au doute sur son couple et enfin Emily, la petite-fille frondeuse et pleine d’énergie qui va oser se mesurer à Florence et, peut-être, fendre son armure.

Brian Gordon nous régale avec ce roman d’apparence léger qui soulève des réflexions souvent justes sur la famille, les relations entre les êtres et aborde sans avoir l’air d’y toucher des thèmes auxquels on ne s’attend pas, entre autres le féminisme et la question de la réalisation de soi, l’égoïsme appliqué aux femmes apparaissant toujours un peu monstrueux – comme l’illustre le personnage de Florence. Un roman réjouissant et intelligent ; attention : vous ne pourrez pas le lâcher!

Catégories: Livres de poche | Laisser un commentaire

Les Furies, Lauren Groff, éditions de l’Olivier, 23,50 euros

Début des années 90. Lotto et Mathilde, 22 ans, se rencontrent et forment vite un couple mythique pour leurs camarades : lui, séduisant, hâbleur, populaire ; elle, véritable figure hitchcockienne, belle, froide et mystérieuse. Ils bousculent les convenances en se mariant très vite. Après des années de soirées déjantées et de vaches maigres durant lesquelles Mathilde subvient aux besoins matériels du couple, Lotto se révèle en tant que dramaturge et sa carrière prend une ampleur inattendue. Leur couple semble solide et équilibré, mais derrière les apparences subsistent de larges zones d’ombre que le lecteur brûle d’explorer…

Un roman âpre et concis, qui dissèque les mécanismes des relations humaines et nous tend le miroir déformant d’une société au cynisme implacable. Au milieu d’un halo de lumière, le couple de Lotto et Mathilde semble danser un tango infernal, entouré de personnages secondaires bien campés (tel que Chollie, truculent meilleur ami de Lotto, ou Rachel, sa petite soeur à l’affection indéfectible). Lauren Groff ne ménage pas son lecteur en opérant une audacieuse volte face au centre du récit, qui nous amène à tout reconsidérer, formant ainsi un roman à tiroirs qui nous surprend jusqu’au dénouement. Un roman inspiré et lyrique révélant toute l’ambivalence de l’être humain.

Catégories: Grand Format | Laisser un commentaire

Une pépite sous le sapin

Résultat de recherche d'images pour "livre nos ames, la nuit"Nos âmes, la nuit, Kent Haruf, éditions Robert Laffont, collection Pavillons, 18 euros

Voici un petit livre magique, un petit livre surprenant dont la simplicité n’a d’égale que l’intensité. Addie, soixante-quinze ans, veuve depuis longtemps, convie son voisin Louis, veuf lui aussi, à passer de temps à autre la nuit avec elle, pour parler un peu et se tenir compagnie. Bientôt les deux voisins se retrouvent presque tous les soirs, au mépris des rumeurs et des jugements dans cette petite ville de Holt où ils vivent depuis toujours. Mais leurs enfants finissent par s’en mêler et les choses se compliquent… Voilà en substance, l’intrigue assez simple de cette pépite littéraire étonnante.

Le livre nous conduit pas à pas vers le vif du sujet, comme Addie qui semble conduire Louis peu à peu vers une nouvelle façon d’aimer. Et l’on découvre avec eux cette relation libre, affranchie des conventions et du qu’en-dira-t-on, comme on retrouverait la joie de l’enfance et des choses simples. Kent Haruf nous offre avec ce roman une leçon de vie, un livre léger traitant de sujets plus graves qu’il n’y paraît : la vieillesse, la solitude, le repli sur soi, mais aussi la richesse du lien qui n’a pas d’âge. Un délice!

Catégories: Grand Format | Laisser un commentaire

Une famille à la dérive

Sur le fil, Hannah Kohler, éditions Plon feux croisés, 21.90 euros

Le 22 Novembre 1963, Jeannie et Kip perdent leur mère dans un tragique accident ; quelques heures plus tard, c’est le président Kennedy qu’on assassine, laissant les deux adolescents aux prises avec leur chagrin anonyme, supplanté par le deuil national. Sans repères, la famille semble partir à la dérive : par la force des choses, Jeannie est propulsée dans l’âge adulte et doit accepter un travail peu gratifiant dans un restaurant de burgers, puis rencontre un jeune médecin dont elle tombe rapidement enceinte. Sa rencontre avec Lee va bousculer cette vie lisse d’adulte avant l’âge et lui faire miroiter une liberté inédite…Quant à Kip, il finit par s’engager et part pour la guerre du Vietnam. Inexpérimenté et naïf, il se heurte à la réalité de la guerre et va commettre l’insoutenable. Jeannie, qui se sent coupable de n’avoir pas su empêcher son frère de s’engager,va se lancer dans un jeu dangereux pour le sauver…

“Sur le fil” nous transporte dans les années 60 et mêle parfaitement le drame intime à l’histoire contemporaine, conférant au livre un charme à la Richard Yates (en terme d’ambiance, on pense aussi au film “Forrest Gump”). Un premier roman éblouissant, dont l’écriture étonne par sa maîtrise.

 

Catégories: Grand Format | Tags: | Laisser un commentaire

11 Septembre, la perte de l’innocence

Les Règles d’usageLes règles d’usage, Joyce Maynard, éditions Philippe Rey, 22 euros

Wendy, 13 ans, mène la vie simple d’une adolescente ordinaire à Brooklyn entre sa mère, secrétaire, son beau-père Josh, musicien, et son petit frère de 4 ans, Louie. Ce bonheur sans conscience prend fin le 11 Septembre 2001 : sa mère part travailler au World Trade Center mais ne revient pas. Dès lors, le quotidien prend un goût de cendres, les choses se délitent comme les affiches des disparus qui se décollent peu à peu, et l’espoir s’amenuise pour la famille de Wendy. Comment grandir dans un monde bouleversé, privé des règles d’usage habituelles?

Un changement radical s’impose à la jeune fille, qui part vivre en Californie avec son père qu’elle connaît à peine – tiraillée entre la culpabilité de laisser son frère et son beau-père et le charme de cette vie inédite. Joyce Maynard décrit admirablement les tourments de l’adolescence et le sentiment de perte dans un monde où tous les repères ont disparu ; elle sait capter au plus près les détails du quotidien graves ou légers et décrire les relations familiales dans toute leur ambivalence.

Un roman d’apprentissage émouvant et juste, qui résonne amèrement quand la liste des victimes d’attentats terroristes ne cesse de s’allonger.

Catégories: Grand Format | Laisser un commentaire

Chronique d’un drame annoncé

Résultat de recherche d'images pour "livre chanson douce leila"Chanson douce, Leila Slimani, éditions Gallimard, 18 euros

“Chanson douce” est un livre au titre sibyllin qui nous pousse dans nos derniers retranchements. Paul et Myriam, jeunes parents issus d’un milieu aisé, engagent une nourrice pour s’occuper de leurs deux enfants à domicile afin que Myriam reprenne le travail. Louise se révèle parfaite, facilitant leur quotidien et prenant une place prépondérante dans leur vie…jusqu’au drame.

Leila Slimani réussit l’exploit d’accrocher le lecteur alors qu’elle annonce tout de suite la couleur avec une scène d’ouverture glaçante, celle du meurtre des deux enfants. Mais la force du livre réside justement là : chronique d’un drame annoncé, “Chanson douce” maintient une tension sourde, créant une montée en puissance vers l’inexorable dénouement. C’est un autre combat qui se joue en coulisses, celui d’une implacable lutte des classes, le couple faisant miroiter à Louise une autre vie possible, et celui d’une rivalité insidieuse entre la mère et la nourrice, là où se joue le pouvoir maternel.

Un roman qui dit beaucoup de notre société qui veut tout “gérer” jusqu’à l’épanouissement de ses enfants. Est-ce Louise qui glisse vers la folie dans un fantasme de toute-puissance ou notre société qui explose à force de vouloir tout contrôler? Une plume crue et incisive, un roman acerbe et résolument contemporain qui honore cette rentrée littéraire.

Catégories: Grand Format | Tags: , , , | Laisser un commentaire

Un lumineux portrait de femme

Résultat de recherche d'images pour "livre nora webster colm"Nora Webster, Colm Toibin, Robert Laffont, 21 euros

Le destin d’une femme dans l’Irlande puritaine des années 60. La vie de Nora bascule lorsque son mari meurt des suites d’une longue maladie, la laissant seule avec leurs quatre enfants, Fiona et Aine, deux jeunes filles en âge de s’émanciper, et Donal et Connor, deux garçons plus jeunes. Dans la petite ville où tout le monde s’épie, Nora doit surmonter les problèmes financiers et organiser la vie de ses enfants, sans compter les visites impromptues de connaissances pleines de compassion. Au sein d’une communauté qui tend à l’enfermer dans son rôle de veuve éplorée, Nora tente de s’affranchir des carcans pour conquérir sa propre place et retrouver, peu à peu, le goût de vivre.

Colm Toibin nous offre un superbe portrait de femme, servi par une écriture sobre qui va à l’essentiel. Il décrit avec pudeur les petites choses de la vie comme les émotions plus profondes et donne à voir la solitude de “celui qui reste”. Un roman sensible et délicat, une héroïne infiniment attachante qui, à force de courage et de volonté, essaye de trouver sa propre place.

Catégories: Grand Format | Laisser un commentaire

Des pépites en format poche

Résultat de recherche d'images pour "les corps inutiles livre de poche"Les corps inutiles, Delphine Bertholon, Livre de Poche,  7.30 euros

C’est peu de dire que Delphine Bertholon ne fait pas dans les bons sentiments : son roman est noir, baignant dans une ambiance glauque, peuplé de personnages fragiles et désabusés. Pourtant, une lueur d’espoir subsiste au sein de ce chaos, car l’auteur a su rendre attachants ses personnages, dont les failles et les faiblesses sonnent juste.

Clémence a 15 ans et se rend à une fête pour la fin de l’année scolaire. Dans une ruelle, un homme l’agresse ; rien ne sera plus jamais pareil…On retrouve Clémence à 30 ans, installée dans le sud, maquilleuse à “La Clinique”, une usine qui fabrique des poupées grandeur nature pour adultes frustrés et fortunés. Solitaire, la jeune femme a perdu le contact avec ses propres émotions ; tous les 29 de chaque mois, elle célèbre un sinistre anniversaire en séduisant un inconnu.

Delphine Bertholon aborde un sujet difficile d’une façon subtile et montre comment une jeune fille peut se mettre en danger lorsqu’elle a subi une violence et comme le chemin est long pour se réapproprier son corps et ses émotions. Elle nous livre une réflexion sur la violence et l’intime et comment en sortir pour faire confiance à nouveau.

Juste Avant L'oubliJuste avant l’oubli, Alice Zeniter, J’ai Lu, 7.10 euros

Le fantôme d’Agatha Christie hante l’atmosphère du roman d’Alice Zeniter. Une poignée de passionnés universitaires se réunissent sur l’île de Mirhalay, au large de l’écosse, pour rendre hommage au grand écrivain Galwin Donnell, qui s’y donna la mort en se jetant d’une falaise. Cette fois-ci, c’est la jeune thésarde Emilie qui organise le colloque rituel. Son compagnon Franck, modeste infirmier sans prétention, doit la rejoindre et compte bien lui proposer un avenir amoureux tout tracé. Mais sur l’île, rien ne se passe comme prévu…

A travers ce regroupement de spécialistes autour de la figure de l’écrivain maudit Galwin Donnell, sorte de mélange entre Ernest Hemingway, Peter May et Romain Gary, Alice Zeniter nous offre la peinture ironique d’une communauté d’intellectuels ergotant sur des points de détail pour notre plus grand bonheur. Mais c’est aussi le roman de la fin d’un couple et le portrait en creux de l’héroïne dans le regard amoureux de Franck, ainsi qu’un roman policier – car Galwin Donnell s’est-il vraiment jeté du haut de la falaise?

Servi par une écriture fluide et résolument contemporaine, “Juste avant l’oubli” est la bonne surprise de la rentrée littéraire 2015… enfin en poche!

Résultat de recherche d'images pour "livre camille, mon envolée livre d epoche" Camille, mon envolée, Sophie Daull, Livre de Poche, 6.60 euros

Ce livre n’est pas un livre facile, ce livre n’est pas un de ces “feel-good book” en vogue actuellement  et c’est justement pour ça qu’on l’aime. C’est un livre coup de poing, le cri de détresse d’une mère à qui la vie a arraché sa fille de 16 ans, mais c’est aussi le chant d’amour de cette femme pour sa fille, un chant célébrant la vie dans toute sa beauté, son absurdité, son ironie.

Sophie Daull commence à écrire dans les premiers jours qui suivent la mort de Camille, au terme de 4 jours d’une fièvre sidérante, juste avant Noël. Ecrire pour ne pas sombrer et pour ne pas oublier Camille et son regard “franc, droit, lumineux” . Elle évoque les moments quotidiens, les anicroches, les engueulades, les fous rires mais aussi la gestion au jour le jour de l’ “après” : l’organisation des funérailles, la distribution des objets, peluches, vêtements, ayant appartenu à l’adolescente.

Ce témoignage poignant nous émeut par son aspect universel, par la description si juste de la perte d’un être cher ; son livre n’est pas seulement un très bel hommage, mais aussi un acte de résistance et de courage.

Catégories: Divers, Livres de poche | Tags: , , , , , , , | Laisser un commentaire