Entre toutes les mères, Ashley Audrain, Le Livre de Poche, 8,20 euros

Ca commence comme un polar qui nous accroche immédiatement. Blythe Connor vient d’avoir un bébé mais quelque chose cloche : la relation mère/fille a du mal à se mettre en place, Violet est un bébé grognon alors que Blythe a un modèle maternel défaillant, sa mère l’ayant laissée quand elle avait onze ans.

Plus le temps passe, plus Blyhte voit en sa fille une personnalité froide et parfois violente qui l’effraie. Mais elle est la seule à entrevoir cette noirceur chez sa fille, son mari et leur entourage pensent qu’elle se fait des idées. Jusqu’à l’impensable…

“Entre toutes les mères” nous fait pénétrer dans la psyché d’une mère qui doute, d’une mère qui a du mal à créer le lien avec son enfant ; en tant que lecteur, on peut s’interroger sur la fiabilité de son jugement. Ainsi le récit nous tient en haleine jusqu’au dénouement. Un roman bien construit qui nous glace le sang.

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Connemara, Nicolas Mathieu, éditions Actes Sud, 22.00 euros

Hélène, son mari Philippe et leurs deux enfants viennent de s’installer en province suite au burn-out professionnel de cette dernière. Ils s’établissent à Nancy, à proximité des parents d’Hélène, laquelle retrouve rapidement du travail grâce aux relations de son mari, dans une boîte de conseil et d’audit. Mais malgré ce succès apparent, la quadragénaire traine un peu de vague à l’âme et peine à se remettre en selle.

Christophe, quant à lui, vit dans le même village depuis son adolescence. A l’époque, c’était un talentueux joueur de Hockey qui rencontrait un franc succès avec les filles. Aujourd’hui, séparé de sa compagne, il vit avec son père et son fils et vend de la nourriture pour chien. Il a gardé ses potes de lycée et songe à se remettre au Hockey. Quand ils se rencontrent à nouveau, d’autres perspectives se dessinent…

“Connemara”, c’est un récit empreint d’une nostalgie légère, ce sont les fins de soirées arrosées au son de Michel Sardou. Nicolas Mathieu nous livre une critique acerbe du monde de l’entreprise avec son jargon et ses open spaces et nous offre une fresque sociale qui capte admirablement l’air du temps.

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Une amitié, Silvia Avallone, éditions Liana Lévi, 23 euros

Début des années 2000. Elisa et Béatrice sont deux adolescentes que tout oppose : l’une est plutôt réservée et passionnée de littérature, tandis que l’autre est délurée et ne jure que par Internet. La mère d’Elisa, séparée de son père, l’envoie vivre chez lui, ce qu’Elisa vit comme un abandon, alors que la mère de Béatrice la pousse dans la lumière, derrière l’objectif des photographes de mode.

De nos jours, Elisa, 33 ans, retrouve ses journaux intimes de l’époque et replonge dans cette amitié qui a pris fin depuis une dizaine d’années. Entretemps, Béa est devenue “La Rosetti”, sorte de phénomène des réseaux sociaux ; mais voilà que la créature disparaît de la toile, provoquant un tollé général et intriguant sa meilleure amie…

De sa plume ciselée, Silvia Avallone dissèque cette amitié fusionnelle dans un roman dense et entêtant, qui n’est pas sans rappeler “l’Amie prodigieuse”, à laquelle l’auteur fait d’ailleurs quelques clins d’oeil. Présent et passé se côtoient dans ce récit ambitieux et prenant.

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Au coeur de la tourmente

D’une aube à l’autre, Laurence Tardieu, éditions Stock, 19,50 euros

17 Mars 2020. Alors que le chef de l’état décrète que la France est “en guerre” contre le coronavirus, Laurence Tardieu apprend la maladie qui touche Adam, son fils de 5 ans : une leucémie aigüe myéloblastique. Elle entre alors dans une autre dimension, un autre monde, celui de l’hôpital et de la petite chambre au linoléum bleu, dans laquelle elle va passer le plus clair de son temps au cours des mois suivants.

Ce livre est celui d’un combat, celui d’une mère pour sauver son enfant, au jour le jour, d’une aube à l’autre. Laurence Tardieu raconte avec une grande sensibilité le quotidien de son petit garçon, les moments d’effroi comme ceux d’espoir, et la force qu’il faut à une mère pour soutenir son enfant au coeur de la tourmente. Accompagner son enfant dans la maladie a transformé Laurence Tardieu jusqu’à l’emmener au-delà de l’amour maternel. L’écriture épurée de l’auteur, comme à son habitude, va à l’essentiel et nous offre une véritable leçon de vie.

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La petite dernière, Fatima Daas, Le Livre de Poche, 7,40 euros

Fatima Daas creuse son sujet comme l’agriculteur son sillon, inlassablement, avec toujours la phrase d’accroche “Je m’appelle Fatima Daas”. Elle ne cesse d’interroger son identité, sa féminité, sa religion, et de tenter de se définir en creux parmi ces différents prismes.

Fatima, c’est aussi la petite dernière qui observe le monde autour d’elle, qui fait trois heures de trajet par jour pour aller de Clichy à Paris et qui commence à écrire dans un atelier d’écriture. Son monologue comme une litanie nous embarque dans sa vie de banlieusarde et ses premiers émois. Entre l’autobiographie et le roman d’apprentissage, un texte court qui frappe comme un uppercut et ne nous laisse pas indemne.

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Ces orages-là, Sandrine Collette,  le Livre de poche, 7,40 euros

Clémence s’installe dans une petite maison un peu vétuste mais dont le jardin luxurieux la ravit. Derrière elle, elle laisse Thomas, son compagnon maltraitant psychologiquement qui la harcelait littéralement. Mais Thomas hante ses pensées et la tient, même à distance, sous son emprise.

Dans ce polar qui n’en est pas vraiment un, Sandrine Collette nous plonge dans l’effroi, dans une peur indicible, peur bleue et viscérale qui envahit le mental de Clémence. La scène d’ouverture dans la forêt, où Thomas traque Clémence devenue sa proie, nous glace le sang. De son écriture au scalpel, Sandrine Collette livre un récit haletant sur l’emprise et comment on s’en sort doucement, au rythme des petits pas chancelants de Clémence.

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Famille mode d’emploi

Où vivaient les gens heureux, Joyce Maynard, éditions Philippe Rey, 24 euros

Eleanor, jeune illustratrice de livres pour enfants, s’installe dans une ferme du New Hampshire. Elle rencontre bientôt Cam, qui devient l’homme de sa vie, avec qui elle a trois enfants : Alison, Ursula et Tobie. Le quotidien est doux et harmonieux pour la famille avec cette jeune maman drôle et créative. Jusqu’au jour où un événement va tout faire basculer…

Récit du quotidien, fresque familiale courant des années 80 jusqu’à nos jours, décrivant les écueils des relations parents/enfants, réflexion sur le pardon et l’acceptation, ce livre est tout cela à la fois. “Où vivaient les gens heureux”, c’est l’endroit empli de nostalgie où on a été heureux, en amour comme en famille. Et Joyce Maynard décrit admirablement cet endroit, ou plutôt ce moment, qu’on aime se remémorer, dans un roman très vivant et réconfortant.

 

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Trois amies en format poche

 

Nos espérances, Anna Hope, folio, 8,60 euros

Cate, Lissa et Hannah se rencontrent à la fin de l’adolescence et deviennent vite inséparables. Colocataires, les trois amies sont bien différentes mais partagent tout. L’âge adulte se profilant, leurs trajectoires se dispersent et leurs rêves de jeunesse ressemblent de plus en plus à des châteaux en Espagne…

Cate, un temps rebelle, se met en ménage avec Sam, cuisinier, et attend bientôt un enfant ; Hannah a déjà subi quatre FIV et n’arrive pas à concevoir ; quant à Lissa, elle court les auditions afin de percer en tant que comédienne alors qu’elle est également modèle nu dans une école d’art pour faire bouillir la marmite.

Les trois personnages s’expriment tour à tour dans ce roman choral qu’on a du mal à lâcher, car Anna Hope sait distiller un suspense subtil. Maternité, fertilité, féminisme se mélangent dans ce magnifique roman qui capte parfaitement l’air du temps et qui est aussi un bel hymne à l’amitié.

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La carte postale, Anne Berest, éditions Grasset, 24 euros

En 2003, parmi les cartes de voeux qui lui sont adressées, Lélia reçoit une énigmatique carte postale : d’un côté l’Opéra Garnier et de l’autre les prénoms de ses grand-parents, oncle et tante, Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques, tous morts dans les camps de concentration. Presque 20 ans après, sa fille, Anne Berest, sur le point d’accoucher, va se reposer chez ses parents et commence à poser des questions à sa mère sur la fameuse carte postale et ces ancêtres dont elle ne sait rien.

C’est ainsi que débute l’enquête menée par Anne Berest afin de retrouver l’auteur de la carte et de raconter l’histoire de ces quatre personnages, ainsi que celle de sa grand-mère Myriam qui ne parlait jamais de sa famille. Ce livre dense et foisonnant retrace le destin d’une famille juive au coeur du XXème siècle, dans une recherche bien menée en deux parties distinctes, d’abord la vie des quatre personnages, mêlée avec celle de l’auteur, puis l’enquête proprement dite. On croise des personnages hauts en couleur et émouvants, comme Noémie, la tante aspirante écrivain, et Lélia, la mère de l’auteur, toujours enveloppée de la fumée de sa cigarette. Une fresque familiale passionnante.

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Soleil Amer, Lilia Hassaine, éditions Gallimard, 16.90 euros

Fin 1950, en Algérie. Saïd, le mari de Naja, a été recruté pour partir travailler en France, la laissant seule au pays avec leurs trois filles. Au bout de 5 ans, devenu ouvrier spécialisé dans l’automobile, il parvient à rassembler sa famille en région parisienne. Mais Naja tombe rapidement enceinte à nouveau et craint de ne pas pouvoir garder l’enfant…

Grâce au frère de Saïd, Kader, et à sa belle-soeur française Eve, la famille s’installe dans un appartement neuf en HLM ; ces quartiers sont alors synonymes d’un grand brassage social avec l’utopie du vivre-ensemble. Dans les années 70 – 80, la mixité sociale s’amoindrit et les cités se dégradent peu à peu, laissant s’installer la pauvreté, puis la drogue et avec elle le VIH. Personne n’est à l’abri de ces fléaux et Naja s’inquiète pour ses enfants.

Un roman qui, d’une écriture ciselée, nous offre un texte âpre et poétique, d’une grande sensibilité pour décrire une réalité parfois sordide. Une pépite de la rentrée littéraire.

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