Notre sélection de livres de poche pour l’été

La femme qui fuit , Anaïs Barbeau-Lavalette, le Livre de Poche, 7,60 euros

Un roman fascinant, une recherche au long cours sur le personnage de Suzanne Méloche, la grand-mère de l’auteur. Artiste, iconoclaste, membre dans les années 50 du mouvement automatiste québécois, Suzanne quitte son mari et laisse ses enfants, alors âgés de quatre et un an, à sa belle-famille. Dès lors, sa vie ressemble à une perpétuelle fuite en avant ; elle ne reverra ses enfants qu’épisodiquement lors de brèves retrouvailles.

Anaïs Barbeau-Lavalette exhume le personnage de cette aïeule, femme entière et pétrie d’ambivalences, révoltée et révoltante, qui s’engagera dans la lutte contre la ségrégation raciale et écrira des poèmes inspirés mais ne saura pas combiner vie d’artiste et maternité, un dilemme encore d’actualité aujourd’hui. De sa place de petite-fille, elle retrace la vie passionnante de cette femme et tente de comprendre sa trajectoire.

Des chapitres courts et enlevés, un récit vif et émouvant, à lire!

Les vacanciers, Emma Straub, éditions 10/18,  7,10 euros

Voici un premier roman pétillant et mordant, plus proche de la comédie sociale que de calmes vacances au long cours. Franny, quinquagénaire tonique, a organisé des vacances à Majorque pour fêter ses 35 ans de mariage avec son mari, Jim, ainsi que le diplôme de fin d’année de sa fille, Sylvia. Elle veut réunir sa famille et un couple d’amis homosexuels, Charles et Lawrence. Mais à la veille du départ, elle apprend que Jim a eu une relation extraconjugale avec une stagiaire… Qu’à cela ne tienne! La volontaire Franny maintient son programme de vacances contre vents et marées alors que les événements prennent une tournure inattendue…

A partir de ce canevas simple, Emma Straub trempe sa plume dans l’acide pour dépeindre ce groupe qui semble se déliter sous nos yeux : dissimulations, faux-semblants et sentiments exacerbés par ce huis-clos “paradisiaque”, telle est la recette concoctée par Emma Straub pour réjouir nos propres vacances et nous tendre un miroir… on l’espère déformant!

Laissez vous tenter par ce roman ironique et léger, une lecture de vacances oui, mais de qualité.

La vie selon Florence Gordon, Brian Morton, éditions 10/18, 8,10 euros

Alors qu’elle entame la rédaction de ses mémoires, Florence, auteur féministe culte des années 70 dont la gloire s’est ternie, voit son fils Daniel se réinstaller à New-York, flanqué de sa femme Jeanine et de leur fille Emily. Bientôt leurs préoccupations et problèmes relationnels semblent envahir l’espace de la vieille dame, menaçant sa sacro-sainte tranquillité…

On adore détester le personnage de Florence Gordon, mère et grand-mère indigne qui abhorre le métier choisi par son fils (policier), écorche le prénom de sa petite-fille et supporte mal l’admiration béate que lui porte sa belle-fille. Florence est le personnage principal haut en couleur d’une galerie de portraits remarquablement décrits : Daniel, policier ayant étouffé dans l’oeuf des velléités d’artiste,  Jeanine, quadragénaire en proie au doute sur son couple et enfin Emily, la petite-fille frondeuse et pleine d’énergie qui va oser se mesurer à Florence et, peut-être, fendre son armure.

Brian Gordon nous régale avec ce roman d’apparence léger qui soulève des réflexions souvent justes sur les relations familiales. Un roman réjouissant et intelligent ; attention : vous ne pourrez pas le lâcher!

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, éditions Livre de poche, 7,90 euros

“D’après une histoire vraie” met en scène l’auteur au moment où son lecteur fidèle l’avait laissé, c’est-à-dire en 2011, lors de la parution de son best-seller “Rien ne s’oppose à la nuit” : empreinte de lassitude, vidée par la promotion et le succès inattendu de ce livre très personnel, l’auteur semble dans un état de fragilité inhabituel et se voit dans l’impossibilité d’écrire.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le personnage de L., jeune femme rencontrée lors d’une soirée et qui va peu à peu s’immiscer dans sa vie jusqu’à devenir son interlocutrice privilégiée, lui prodiguant conseils et parfois semonces sur son écriture et l’avancée de son prochain livre. Cette relation amicale intime dérive insensiblement vers autre chose, qu’on ne saurait nommer et qui envahit insidieusement le récit, divisé en trois parties comme les trois phases de la relation (séduction, dépression, trahison).

Delphine de Vigan joue ici une partition très subtile, entre manipulation de ses personnages et de ses lecteurs : qui abuse qui ? Avec ce roman à l’allure de thriller, on assiste au déroulement du récit en retenant son souffle, comme devant un numéro de funambule, car c’est bien elle-même que l’auteur met en danger. Bravo!

Parmi les dix milliers de choses, Julia Pierpont, éditions 10/18,  8,10 euros

Une famille New-yorkaise comme il y en a tant : Jack, le père, artiste reconnu et incorrigible séducteur ; Deborah, la mère, ancienne ballerine reconvertie en professeur de danse ; Simon, ado typique, savant mélange de révolte et de nonchalance, et enfin Kay, pré-ado à l’esprit vif en proie aux moqueries de ses camarades. Un paquet anonyme envoyé par la poste va faire voler en éclats le fragile équilibre familial : dans cette boîte, des e-mails aussi impudiques que ravageurs dévoilent la double vie de Jack. Adressé à Deb, le paquet tombe entre les mains des enfants, faisant d’eux les témoins involontaires de l’intimité crue de leur père et créant ainsi des dégâts irréversibles…

De ce canevas habile, Julia Pierpont tire un roman étonnamment construit, posant sur le monde un regard à la fois plein d’humanité et d’une ironie mordante. Elle slalome adroitement, évitant les écueils et poncifs du genre : chaque personnage se révèle riche de contradictions, portant son lot de secrets. Des réflexions d’une grande clairvoyance parsèment le récit, comme cette césure au milieu du roman, où l’auteur résume soudain l’avenir de ses personnages en quelques pages, comme on balaie un panorama du regard. Un roman drôle et subtil, d’une maturité surprenante (l’auteur n’a que 28 ans!). Une réussite.

Ma meilleure ennemie, Paula Daly, Editions Pocket, 7,80 euros

Natty, héroïne du quotidien, s’affaire du matin au soir dans l’hôtel qu’elle dirige avec son mari Sean tout en s’occupant de ses deux filles de 14 et 16 ans. Lorsque la cadette, Felicity, est hospitalisée d’urgence lors de son voyage scolaire  en France, Natty se précipite à son chevet en laissant la maisonnée aux mains de sa meilleure amie, Eve, psychologue de renom, de passage dans la région. Mais à son retour, tout a changé : Sean lui annonce qu’il est tombé amoureux d’Eve et qu’il veut divorcer. Le choc est rude pour Natty, d’autant qu’elle découvre grâce à un message anonyme le passé trouble d’Eve… Elle va devoir se battre pour sa famille face à une ennemie redoutable, rompue aux techniques de manipulation et connaissant ses plus lourds secrets.

Ce qui nous plaît dans ce thriller, comme dans le précédent du même auteur (“la faute” éditions Pocket), c’est l’aspect ordinaire et par là même attachant de ses personnages qui nous ressemblent, pétris de névroses contemporaines ; Ainsi Natty se laisse piéger par son quotidien trépidant, jusqu’à en oublier l’essentiel, en l’occurrence sa vie de couple.

Un triller psychologique implacable, mené tambour battant et dont le dénouement nous laisse abasourdis.

Peyton Place, Grace Metalious, éditions 10/18, 9.60 euros

“L’été indien est semblable à une femme mûre, animée de passions ardentes. Mais c’est une femme volage qui va, vient à sa guise, si bien qu’on ne sait jamais si elle s’apprête à surgir, ni combien de temps elle restera”. A l’image de ces premières phrases, “Peyton Place” est porté tout le long du texte par une écriture lancinante qui envoûte littéralement son lecteur. Grace Metalious nous plonge dans le quotidien d’une petite ville dans les années 40, à travers les destins entrelacés de quatre femmes : Allison, qui ignore tout du secret de sa naissance, sa mère, Constance, une femme au caractère très indépendant, la sensible maîtresse d’école Elsie Thornton et la jolie métisse Selena Cross, venue des taudis de la ville et qui subit les violences de son beau-père alcoolique.

A travers cette chronique sociale au vitriol, Grace Metalious aborde des sujets brûlants pour son époque : le plaisir féminin, les injustices sociales, l’inceste, l’avortement, dans un roman transcendé par une écriture poétique et sensuelle. Trop osé pour l’époque? Ecrasée par son propre succès, l’auteur sombrera dans l’alcoolisme et décédera à l’âge de 39 ans.

Ce que tu veux, Sabine Durrant, éditions Le Livre de Poche, 8,10 euros

Lizzie a perdu son petit ami, Zach, dans un terrible accident de la route. Elle pensait que le pire était derrière elle, mais elle se trompait : Zach la hante au point qu’elle en vient à douter de la réalité de sa mort. Quelques jours avant son décès, Lizzie lui avait envoyé une lettre de rupture…

Sabine Durrant fait alterner les voix des personnages de Lizzie et de Zach, instaurant un climat de tension sourde en revisitant l’histoire du couple : Zach était-il le prince charmant qu’il semblait être? Soucieux du détail jusqu’à l’excès, il apparaît peu à peu comme un homme obsessionnel et irritable, très possessif en amour.

Un suspense lancinant qui nous happe et ne nous laisse aucun répit.

Lettres à Stella, Iona Grey, éditions Pocket, 8, 95 euros

Londres, 2011. Jess, jeune femme en détresse poursuivie par un compagnon violent, se réfugie dans une maison abandonnée. Effrayée et blessée, elle passe la nuit dans cette petite maison d’ouvrier des années 20 où le temps semble s’être arrêté. A son réveil, elle découvre dans la boîte aux lettres une missive avec la mention”personnel et urgent”. Intriguée, la jeune femme ouvre l’enveloppe… et découvre la plus belle lettre d’amour qu’il lui ait été donné de lire. La lettre d’un ancien aviateur américain pendant la seconde guerre mondiale à la femme de sa vie, qu’il veut retrouver alors que ses jours sont comptés. Suite à la lecture de cette lettre, Jess n’a de cesse d’en retrouver les protagonistes…

1943. A Londres, Dan Rosinski croise le chemin de Stella, la jeune épouse d’un pasteur parti à la guerre, et tombe immédiatement sous son charme. Rien ne joue en leur faveur mais cet amour semble exacerbé par les obstacles et s’épanouit dans les nombreuses lettres qu’ils échangent comme autant de promesses de bonheur…

Un roman captivant, qui passe d’une époque à l’autre avec une fluidité remarquable et nous entraîne avec fièvre dans le grand tourbillon de l’histoire. A l’instar du personnage de Jess, on brûle de comprendre l’histoire de Dan et Stella et leur amour par-delà les années nous fait vibrer. Un roman poignant qui n’a pas peur d’être romantique. Magnifique!

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Quatre mariages et un suicide

Résultat de recherche d'images pour "livre mrs hemingway"Mrs Hemingway, Naomi Wood, éditions Quai Voltaire, 21 euros

Ernest Hemingway avait la réputation d’être un homme à femmes, hâbleur et beau parleur. Mais l’homme cachait derrière ses manières frustes un mal de vivre lancinant, que sa vie sentimentale met en exergue ici à travers sa quête inlassable de l’amour. En effet, s’il y a une femme derrière chaque grand homme, lui en eut quatre et les épousa toutes, comme s’il y croyait à chaque fois éperdument.

Naomi Wood nous entraîne dans le sillage de l’écrivain et de ses quatre femmes, chacune chassant l’autre dans un impossible ménage à trois : on passe d’Hadley, douce et maternante, à la volontaire et noceuse Fife, puis à l’intrépide journaliste Martha Gelhorn, dont il se consolera dans les bras de la dévouée Mary Welsch.

De Paris à Cuba en passant par la côte d’Azur, Hemingway épouse ses maîtresses dans un ballet incessant ; au fil des années, des liens se créent même entre elles, d’ennemies elles deviennent alliées autour de la figure de ce colosse aux pieds d’argile. Sur le sujet, on avait déjà lu le livre “Mme Hemingway”, qui évoquait la première femme de l’écrivain ; ici l’auteur réussit le pari de nous rendre chacune de ces femmes attachantes à sa manière et nous livre une saga passionnante.

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Trois générations de femmes sous le même toit

Les Inséparables, Stuart Nadler, Albin Michel, 22, 50 euros

Stuart Nadler nous plonge dans la vie de trois femmes à un moment charnière de leur existence. A Boston, Henrietta Olyphant est en difficulté morale et financière après la mort de son mari ; elle se voit contrainte de rééditer le roman qu’elle a publié dans sa jeunesse, intitulé “Les Inséparables”, un brûlot féministe dont elle a un peu honte. Au même moment, sa fille Oona, chirurgienne de 40 ans, revient vivre chez sa mère car elle est en plein divorce. Quant à Lydia, sa fille, elle vit un cauchemar depuis qu’une photo d’elle dénudée circule sur le Net, affolant la toile et son très strict pensionnat…

Roman dans le roman, “Les Inséparables” décrit avec finesse et nuances les destins croisés de ces trois femmes qui nous passionnent. Dans la lignée des romans de Courtney Sullivan (on pense à “Maine”), traits d’humour, situations cocasses et sensibilité se côtoient dans ce roman brillant, à lire d’urgence!

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La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette, Livre de poche, 7.60 euros

Un roman fascinant, une recherche au long cours sur le personnage à la fois si proche et tellement lointain de Suzanne Méloche, la grand-mère de l’auteur. Artiste, iconoclaste, membre dans les années 50 du mouvement automatiste québécois, Suzanne quitte son mari et laisse ses enfants, alors âgés de quatre et un an, à sa belle-famille. Dès lors, sa vie ressemble à une perpétuelle fuite en avant ; elle ne reverra ses enfants qu’épisodiquement lors de brèves retrouvailles.

Anaïs Barbeau-Lavalette exhume le personnage de cette aïeule, femme entière et pétrie d’ambivalences, révoltée et révoltante, qui s’engagera dans la lutte contre la ségrégation raciale et écrira des poèmes inspirés (un recueil paraîtra en 1980 sous le titre “Aurores fulminantes”) mais ne saura pas combiner vie d’artiste et maternité, un dilemme encore d’actualité aujourd’hui. De sa place de petite-fille, elle retrace la vie passionnante de cette femme et tente de comprendre sa trajectoire et de panser les blessures causées par cette absence, qui fut certainement un déchirement pour Suzanne elle-même.

Des chapitres courts et enlevés, un récit vif et émouvant, à lire!

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Le mystère de l’épouse captive

Je vous aimais, terriblement , éditions Sonatine, 21 euros

On entre dans ce livre comme dans un mystère, un tunnel où peu à peu la lumière s’infiltrerait, par faisceaux successifs, éclairant le visage d’une femme aux mille facettes, l’objet de ce récit fascinant et poignant. Le 14 Décembre 1965, Hannah Gavron, universitaire et mère de famille de 29 ans, dépose son petit dernier à l’école, se rend dans l’appartement d’une amie dont elle a la clef, calfeutre les portes et les fenêtres, et ouvre le gaz. Jeremy Gavron est le petit garçon déposé à l’école ce jour-là, il n’a appris la vérité sur cette mort que beaucoup plus tard et part à la recherche de sa mère.

Ce livre est un livre inclassable (comme souvent chez Sonatine) mais passionnant, la quête identitaire d’un homme qui n’a quasiment pas connu sa mère, une investigation aussi minutieuse que dans un polar et un superbe portrait de femme dans toutes ses ambivalences. Lettres, journaux, photos, expriment peu à peu la vérité -et les zones d’ombre- de cette femme libre avant l’heure, auteur féministe au caractère bien trempé, jeune femme pétulante prête à croquer la vie à pleines dents. On chemine en même temps que le narrateur dans la découverte de cette femme en proie aux difficultés de son époque, comme l’ “épouse captive” de son propre livre et on songe au destin étincelant qui l’attendait si elle n’avait commis ce geste fatal, laissant paradoxalement, beaucoup d’amour et autant de mystère. Un livre envoûtant.

 

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Un numéro de funambule à découvrir en format poche

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, éditions Livre de poche, 7,90 euros

Sidération, c’est l’état dans lequel nous laisse le livre de Delphine de Vigan, l’état dans lequel se trouve son personnage à la fin du récit de cette relation d’emprise remarquablement décrite et comme disséquée au scalpel par la romancière/narratrice. “D’après une histoire vraie” met en scène l’auteur au moment où son lecteur fidèle l’avait laissé, c’est-à-dire en 2011, lors de la parution de son best-seller “Rien ne s’oppose à la nuit” : empreinte de lassitude, vidée par la promotion et le succès inattendu de ce livre très personnel, solitaire depuis le départ de ses jumeaux à l’université, l’auteur semble dans un état de fragilité inhabituel et se voit dans l’impossibilité d’écrire.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le personnage de L., jeune femme rencontrée lors d’une soirée et qui va peu à peu s’immiscer dans sa vie jusqu’à devenir son interlocutrice privilégiée, lui prodiguant conseils et parfois semonces sur son écriture et l’avancée de son prochain livre. Cette relation amicale intime dérive insensiblement vers autre chose, qu’on ne saurait nommer et qui envahit insidieusement le récit, divisé en trois parties comme les trois phases de la relation (séduction, dépression, trahison).

Delphine de Vigan joue ici une partition très subtile, entre manipulation de ses personnages et de ses lecteurs : qui abuse qui ? L. a-t-elle vraiment existé, ou n’est-elle que la “petite voix” de l’inspiration qui souffle à l’auteur ce qu’elle doit écrire ? Avec ce roman à l’allure de thriller, l’auteur joue avec nos peurs et nos obsessions contemporaines avec brio ; on assiste au déroulement du récit en retenant son souffle, comme devant un numéro de funambule, car c’est bien elle-même que l’auteur met en danger. Bravo!

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Une amie si fidèle…

Ma meilleure ennemie, Paula Daly, Editions Pocket, 7,80 euros

Natty, héroïne du quotidien, s’affaire du matin au soir dans l’hôtel qu’elle dirige avec son mari Sean tout en s’occupant de ses deux filles de 14 et 16 ans. Lorsque la cadette, Felicity, est hospitalisée d’urgence lors de son voyage scolaire  en France, Natty se précipite à son chevet en laissant la maisonnée aux mains de sa meilleure amie, Eve, psychologue de renom, de passage dans la région. Mais à son retour, tout a changé : Sean lui annonce qu’il est tombé amoureux d’Eve et qu’il veut divorcer. Le choc est rude pour Natty, d’autant qu’elle découvre grâce à un message anonyme le passé trouble d’Eve… Elle va devoir se battre pour sa famille face à une ennemie redoutable, rompue aux techniques de manipulation et connaissant ses plus lourds secrets.

Ce qui nous plaît dans ce thriller, comme dans le précédent du même auteur (“la faute” éditions Pocket), c’est l’aspect ordinaire et par là même attachant de ses personnages qui nous ressemblent, pétris de névroses contemporaines auxquelles il semble qu’on ne peut échapper : le désir de se réaliser et d’arriver à une sorte de perfection, comme le dit bien la phrase d’Anna Quindlen en exergue du livre : “j’avais la bêtise de croire que house beautiful rimait avec life wonderful”. Ainsi Natty se laisse piéger par son quotidien trépidant, jusqu’à en oublier l’essentiel, en l’occurrence sa vie de couple. L’auteur a l’art de mettre ses personnages face à leurs contradictions, dans des situations inextricables où l’on se surprend à se poser la question : “et moi, qu’aurais-je fait?”.

Un triller psychologique implacable, mené tambour battant et dont le dénouement nous laisse abasourdis.

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Variations sur la famille

Parmi les dix milliers de choses, Julia Pierpont, éditions 10/18,  8,10 euros

Une famille New-yorkaise comme il y en a tant : Jack, le père, artiste reconnu et incorrigible séducteur ; Deborah, dite Deb, la mère, ancienne ballerine reconvertie en professeur de danse ; Simon, ado typique, savant mélange de révolte et de nonchalance, et enfin Kay, pré-ado à l’esprit vif en proie aux moqueries de ses camarades. Un paquet anonyme envoyé par la poste va faire voler en éclats le fragile équilibre familial : dans cette boîte, des e-mails aussi impudiques que ravageurs dévoilent la double vie de Jack. Adressé à Deb, le paquet tombe entre les mains des enfants, faisant d’eux les témoins involontaires de l’intimité crue de leur père et créant ainsi des dégâts irréversibles…

De ce canevas habile, Julia Pierpont tire un roman étonnamment construit, posant sur le monde un regard à la fois plein d’humanité et d’une ironie mordante. Elle slalome adroitement, évitant les écueils et poncifs du genre : chaque personnage se révèle riche de contradictions, portant son lot de secrets. Des réflexions d’une grande clairvoyance parsèment le récit, comme cette césure au milieu du roman, où l’auteur résume soudain l’avenir de ses personnages en quelques pages, comme on balaie un panorama du regard. Un roman drôle et subtil, d’une maturité surprenante (l’auteur n’a que 28 ans!). Une réussite.

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Florence Gordon, vous adorerez la détester!

La vie selon Florence Gordon, Brian Morton, éditions 10/18, 8,10 euros

Alors qu’elle entame la rédaction de ses mémoires, Florence, auteur féministe culte des années 70 dont la gloire s’est ternie, voit son fils Daniel se réinstaller à New-York, flanqué de sa femme Jeanine et de leur fille Emily. Bientôt leurs préoccupations et problèmes relationnels semblent envahir l’espace de la vieille dame, menaçant sa sacro-sainte tranquillité…

On adore détester le personnage de Florence Gordon, mère et grand-mère indigne qui abhorre le métier choisi par son fils (policier), écorche le prénom de sa petite-fille et supporte mal l’admiration béate que lui porte sa belle-fille. L’aïeule acariâtre suscite malgré tout une certaine sympathie car elle suit ses désirs quitte à déplaire et conserve sa liberté d’action en toutes circonstances, renvoyant dans ses pénates l’ “ange du foyer” dont se méfiait déjà Virginia Woolf. Florence est le personnage principal haut en couleur d’une galerie de portraits remarquablement décrits : Daniel, policier ayant étouffé dans l’oeuf des velléités d’artiste,  Jeanine, quadragénaire en proie au doute sur son couple et enfin Emily, la petite-fille frondeuse et pleine d’énergie qui va oser se mesurer à Florence et, peut-être, fendre son armure.

Brian Gordon nous régale avec ce roman d’apparence léger qui soulève des réflexions souvent justes sur la famille, les relations entre les êtres et aborde sans avoir l’air d’y toucher des thèmes auxquels on ne s’attend pas, entre autres le féminisme et la question de la réalisation de soi, l’égoïsme appliqué aux femmes apparaissant toujours un peu monstrueux – comme l’illustre le personnage de Florence. Un roman réjouissant et intelligent ; attention : vous ne pourrez pas le lâcher!

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Les Furies, Lauren Groff, éditions de l’Olivier, 23,50 euros

Début des années 90. Lotto et Mathilde, 22 ans, se rencontrent et forment vite un couple mythique pour leurs camarades : lui, séduisant, hâbleur, populaire ; elle, véritable figure hitchcockienne, belle, froide et mystérieuse. Ils bousculent les convenances en se mariant très vite. Après des années de soirées déjantées et de vaches maigres durant lesquelles Mathilde subvient aux besoins matériels du couple, Lotto se révèle en tant que dramaturge et sa carrière prend une ampleur inattendue. Leur couple semble solide et équilibré, mais derrière les apparences subsistent de larges zones d’ombre que le lecteur brûle d’explorer…

Un roman âpre et concis, qui dissèque les mécanismes des relations humaines et nous tend le miroir déformant d’une société au cynisme implacable. Au milieu d’un halo de lumière, le couple de Lotto et Mathilde semble danser un tango infernal, entouré de personnages secondaires bien campés (tel que Chollie, truculent meilleur ami de Lotto, ou Rachel, sa petite soeur à l’affection indéfectible). Lauren Groff ne ménage pas son lecteur en opérant une audacieuse volte face au centre du récit, qui nous amène à tout reconsidérer, formant ainsi un roman à tiroirs qui nous surprend jusqu’au dénouement. Un roman inspiré et lyrique révélant toute l’ambivalence de l’être humain.

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