Entre père et fils

Une histoire d’amour et de violence, Olivier Bourdeaut, éditions Gallimard, 20,50 euros

Lorsqu’Olivier Bourdeaut enterre son père, la plupart des personnes présentes le félicitent pour la parution de son premier roman, un succès fulgurant en librairie intitulé “En attendant Bojangles”. Le mélange des deux événements paraît surréaliste et c’est comme ça que commence ce livre qui se présente comme un récit plutôt qu’un roman.

Olivier Bourdeaut évoque un père nocif, qui punit, cogne et humilie, et une enfance en clair-obscur entre amour et violence, sans que pour autant son texte cède à la facilité ou à la plainte. Il est alors lui-même sur le point de devenir père d’un petit garçon et frémit à l’idée de reproduire le comportement déviant de ce père qu’il aime malgré tout. Ce père décline un peu chaque jour mais il a assisté au sacre de son fils en tant qu’écrivain reconnu et cela soulage beaucoup l’auteur.

Olivier Bourdeaut nous offre ici un texte qui passe parfois du coq à l’âne, ne se ménageant pas en évoquant ses années de galère, au chômage, à dormir chez des amis, à chercher sa place. Un récit très nuancé et d’une grand délicatesse, qui pose la question de la responsabilité, de la paternité et du pardon.

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Deux pépites en format poche

Retour à lake grove, J.Courtney Sullivan, collection Pocket, 10,90 euros

2015. Jane, archiviste à Harvard, revient dans le Maine suite au décès de sa mère. Elle s’installe dans la maison maternelle, qu’elle et sa soeur Holly comptent mettre en vente rapidement. Mais Jane, discrète sur sa vie personnelle, est à bout de force : elle vient de rompre avec son petit ami, David, et traverse une passe difficile au travail, où elle a été suspendue. Sa dépendance à l’alcool, un atavisme familial qu’elle refuse de reconnaître, pourrait bien avoir un lien avec cet enchaînement de problèmes.

C’est alors qu’elle rencontre Geneviève, la nouvelle propriétaire d’une villa victorienne qui la fascinait à l’adolescence et qu’elle n’a jamais oubliée. Celle-ci, convaincue que la maison est hantée, va charger Jane de faire des recherches dans les archives locales sur les différents propriétaires. Et ce que Jane va découvrir va bouleverser sa propre histoire.

Un roman captivant qui explore les mystères des liens transgénérationnels et la mémoire des lieux, tout en reliant l’histoire des Etats-Unis à l’histoire personnelle de Jane dans une symphonie maîtrisée. Comme à son habitude, J. Courtney Sullivan se révèle une fine psychologue de l’âme féminine qu’elle décrit avec une grande délicatesse, et nous offre un roman passionnant et empli d’humanité.

 

La terre des âmes brisées, Clare leslie Hall, collection J’ai lu, 9,20 euros

1968. Beth et Frank s’occupent de leur exploitation, la ferme Blakely dans le Dorset, aidés du frère de Frank, Jimmy. Après la perte accidentelle de leurs fils de 9 ans, Bobby, ils tentent de se reconstruire et mènent une vie simple et frugale. Mais le retour de Gabriel Wolfe dans la région va venir menacer ce fragile équilibre.

1955. Beth, 17 ans, rencontre Gabriel, dont les parents fortunés possèdent une propriété dans le village. Ils tombent irrésistiblement amoureux et auprès de lui elle entrevoit la possibilité d’une autre vie, faite de livres, d’études et de voyages. A la fin de l’été, Gabriel rentre à Oxford et tout change. Et c’est Frank, amoureux de Beth depuis ses 13 ans, qui va réconforter son coeur brisé.

Mais aujourd’hui, un homme est dans le box des accusés, jugé pour meurtre, un meurtre commis à la ferme Blakely.

Au delà du mélo qu’il pourrait être, “Terre des âmes brisées” est un grand roman d’amour porté par un puissant souffle romanesque, aux personnages bien campés et à l’intrigue implacable. Bouleversant.

 

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Le chant des sirènes version poche

Les Sirènes - 1

Les sirènes, Emilia Hart, éditions Pocket, 9,90 euros

Nouvelle-Galles du Sud, Février 2019. Lucy, 19 ans, fuit les problèmes qu’elle rencontre à l’université pour rejoindre sa soeur Jess. Mais lorsqu’elle arrive dans la propriété de celle-ci, perchée sur une falaise en bord de mer dans un lieu appelé “Comber Bay”, la maison est ouverte mais vide et délabrée. Après sa rencontre avec Melody, une commerçante amie de Jess, Lucy apprend que celle-ci est partie souffler un peu avant la grande exposition consacrée à ses oeuvres.

Dans la maison, Lucy découvre ses peintures, peuplées de femmes dont la peau translucide évoque des écailles de poisson qui lui rappellent des rêves récurrents  l’accompagnant depuis quelques jours.  Elle se renseigne sur les lieux et découvre que plusieurs hommes y ont disparu dans des circonstances mystérieuses ; elle trouve aussi le journal intime d’adolescence de sa soeur, qui va révéler bien des secrets.

Envoûtée par les lieux et ses rêves étranges, Lucy croit entendre les voix des naufragées d’autrefois, et notamment celles de deux soeurs. “Les sirènes” est un roman qui, à travers les thèmes des secrets de famille et de la condition féminine, nous entraîne dans un univers onirique et fascinant qui confine au fantastique. On avait déjà aimé le premier roman d’Emilia Hart, “la maison des sortilèges” (Pocket), on plonge avec délice dans ce second récit captivant et magique.

 

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Quand l’emprise gagne

Dans la jungle - 1Dans la jungle, Adeline Dieudonné, éditions l’iconoclaste, 22, 50 euros

Cela commence comme un conte de fée détraqué : Aurélie et Arnaud s’aiment , se marient, ont deux enfants, jusqu’à ce que la situation dérape lorsqu’Arnaud assassine sa famille avant de se donner la mort. Que s’est-il passé dans cette famille bien sous tous rapports?  Quelle a été l’escalade qui mène à ce massacre horrifiant? Et comment aurait-on pu éviter le drame?

Voilà les questions que pose Adeline Dieudonné à ses lecteurs, les prenant en otage de ce phénomène d’emprise aussi progressif que subtil. Le livre commence avec l’ouverture du testament d’Aurélie et Arnaud devant ses parents et beaux-parents dévastés, puis Adeline Dieudonné remonte le cours du temps dans un flash-back qui nous ramène à leur rencontre amoureuse.

Un roman qui se lit comme un thriller, dont les péripéties rappellent tellement les scénarios vus dans l’actualité lorsqu’il est question de féminicide que l’on en frissonne. Un livre nécessaire et tiré au cordeau.

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Deux coups de coeur en format poche

Une Histoire d'Ours - Prix des lecteurs Gallmeister 2026 - 1Une histoire d’ours, Edwyn Ivey, éditions Gallmeister, collection Totem, 12,90 euros

Birdie, maman solo d’une petite Emaleen, 6 ans, vit dans une cabane sommaire en Alaska au sein d’une petite communauté où tout le monde se connaît. Elle est serveuse dans un bar et doit parfois laisser sa fille seule. Un jour, celle-ci s’égare dans la forêt et revient au bras d’Arthur Nielsen, un homme taiseux et sauvage, à la limite de l’autisme, qui vit dans une cabane éloignée de tout.

Contre toute attente, Birdie tombe amoureuse et va s’installer chez lui dans sa cabane vétuste, sans eau ni électricité, au coeur de la forêt. Birdie a l’impression d’avoir trouvé le mode de vie dont elle rêvait, vivant de pêche et de cueillette, faisant elle-même son feu et retapant la vieille cabane. Ce pourrait être le paradis si Arthur ne disparaissait pas sans prévenir, restant absent parfois quelques jours, sans rien dire de ses escapades. Peu à peu Birdie comprend qu’Arthur cache une face sombre qu’il ne maîtrise pas lui-même. Birdie et Emaleen sont-elles en sécurité avec lui?

“Une histoire d’ours” nous entraîne dans la vie sauvage en Alaska et tous les dangers qu’elle recèle. C’est un conte initiatique, presque onirique, qui peut être déroutant mais aussi plein de poésie et qu’on lit d’une traite avec beaucoup de plaisir.

 

Mauvais oeil - 1Mauvais oeil, Etaf Rum, éditions Pocket, 10,30 euros

Lorsque Yara, professeur d’Art à la Fac, se brouille avec une de ses collègues et est convoquée pour faute disciplinaire, le monde de la jeune femme se fissure. Non seulement on lui retire ses heures de cours, mais pour les récupérer et accéder à un temps plein, elle doit assister à des séances de psy, elle qui a tellement de mal à se confier et dont la culture palestinienne valorise le secret et la réserve.

Le psychologue lui conseille d’écrire un journal, à qui elle se confie de plus en plus, révélant peu à peu les écueils de son existence : la recherche de la perfection notamment dans son rôle de mère et le sentiment de ne pas être à la hauteur, sa volonté d’être une femme indépendante, contrairement à sa propre mère, et le lent délitement de son couple avec Fadi, accaparé par son travail. Peu à peu ses souvenirs ressurgissent, envahissant et perturbant son quotidien.

Etaf Rum nous fait pénétrer dans la psyché de Yara, écartelée entre le rôle traditionnel de la femme palestinienne et ses aspirations personnelles. Dans une langue riche et imagée, “Mauvais oeil” est un roman à la fois social et intimiste qui exprime le dilemme de son personnage entre héritage familial et velléités d’indépendance.

 

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Dans les bribes d’un rêve

Un rêve immense - 1Un rêve immense, Catherine Bardon, éditions Flammarion, 22 euros

1927, à Berlin. Nora, dont le mariage bat de l’aile, rencontre Ludwig, un médecin plus âgé qu’elle féru de philosophie nietzschéenne, de végétarisme et de liberté des corps. Avant la première guerre mondiale, il a notamment fréquenté la communauté de Monte Véritas, en Suisse, où se réunissaient des esprits libres célébrant la nature à travers des danses à demi nus sous la lune. Sa rencontre avec Nora cristallise pour lui l’envie d’échapper à l’ordre bourgeois et de vivre en plein accord avec eux-mêmes dans un lieu pur qui leur correspondrait.

Leur choix se porte sur l’île déserte de Charles, dans l’archipel des Galapagos. Ludwig peut se consacrer pleinement à ses réflexions philosophiques tandis que Nora gère l’intendance et s’occupe des animaux. Mais le lieu ne va pas rester désert bien longtemps, et la civilisation rattrape inexorablement le couple, comme si une malédiction s’emparait de l’île.

Catherine Bardon s’inspire de faits réels dans une affaire qui n’a jamais été vraiment élucidée et nous entraîne dans l’incroyable aventure de ses personnages idéalistes et attachants dont l’humanité nous émeut, entre aspirations métaphysique et choc de la vie réelle. Un roman passionnant.

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L’amour dans tous ses états… en poche!

Bien-êtreBien-être, Nathan Hill, collection Folio, 12 euros

 

Jack et Elizabeth se sont rencontrés dans les années 90 à Chicago. Vivant dans les immeubles voisins d’un quartier modeste et bohème, ils s’épiaient secrètement par leurs fenêtres. Ils viennent de milieux différents : Jack, artiste photographe, vient d’une famille de la classe moyenne du Kansas ; Elizabeth, étudiante en psychologie, est issue d’une famille riche ayant fait fortune dans les chemins de fer. Entre eux, c’est le coup de foudre.

Vingt ans après, que reste-t-il de cet amour romantique? Jack est devenu professeur et Elizabeth travaille à la clinique du Bien-être, qui étudie des traitements alternatifs à des maux chroniques et mesure l’effet de différents placebos. Ils ont eu un enfant, Toby, petit garçon spécial qui préfère ses jeux virtuels à ses semblables. Confrontés aux écueils de la parentalité bienveillante et à l’usure inévitable du couple, Jack et Elizabeth envisagent de quitter le centre-ville de Chicago pour s’établir en périphérie, dans un nouvel appartement  dont l’agencement cristallise tous leurs désaccords.

Nathan Hill prend un malin plaisir à disséquer l’histoire amoureuse de Jack et Elizabeth dans toutes ses phases, du coup de foudre des débuts aux affres du doute. L’ego, les projections, les mécanismes de la sensualité : l’amour dans tous ses états est passé au crible dans ce roman réjouissant et intelligent. Eblouissant.

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Lire en format poche

Là où nous avons existé - 1Là où nous avons existé, Lina Nordquist, éditions 10/18, 10.40 euros

1935. Eder vit avec sa mère Benedikte et son petit frère à Brynäs en Suède. Mais celle-ci a perdu son travail et n’a plus d’argent pour les nourrir. Une période noire commence, pendant laquelle les deux enfants doivent s’enfermer dans le placard sans faire de bruit, jusqu’à ce que la propriétaire menace de les expulser. Benedikte décide alors de revenir vers la région du Halsingland, qu’elle avait fui des années auparavant.

Eder vit une période heureuse auprès de son frère et de son grand-père qui lui apprend les secrets de la nature sauvage et quelques recettes de cuisine. Mais cette parenthèse enchantée prend bientôt fin.

1952. Eder, jeune étudiant, a quitté le Halsingland pour la ville et rencontre Gry, jeune femme vive et charmeuse qui va changer sa vie. Poursuivi par les secrets de son passé, Eder va-t-il réussir à lui faire une place dans sa vie?

2024. Eder, résident dans une institution, se remémore son enfance et son entrée dans l’âge adulte. Son âme est toujours tourmentée par ses souvenirs troubles.

On avait déjà beaucoup aimé le premier livre de Lina Nordquist, “Celui qui a vu la forêt grandir”, qui révélait une langue âpre et rude, un regard sensible et intuitif. Ce second roman confirme son talent, alternant différentes périodes de narration (1935, 1958, 2024) et nous entraînant dans le récit tumultueux de la vie d’Eder, entre drames et espoirs. Un grand roman, ample et passionnant.

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Les Coeurs sont faits pour être brisésLes coeurs sont faits pour être brisés, Tatiana de Rosnay, éditions Albin Michel, 21,90 euros

Lorsqu’en 2011 Audrey apprend à la radio la mort par noyade de l’illustre romancière Marlo de Graff, 49 ans, c’est tout son passé qui ressurgit. En effet, les deux femmes ont été très proches à l’université où elles faisaient partie d’un atelier d’écriture dans lequel elles ont fait un exposé sur Oscar Wilde. Amies mais aussi rivales, en écriture comme en amour, car à l’époque Audrey vivait une histoire d’amour avec le séduisant Lazlo, qui la quittera bientôt pour les bras de la brune Marlo, mettant à l’épreuve l’amitié des deux jeunes filles.

Ayant perdu tout contact avec eux, Audrey est très surprise lorsqu’elle apprend que Marlo lui a légué son dernier manuscrit et qu’elle doit se rendre à Annecy pour l’ouverture du testament où elle rencontrera Sam Needle, l’agent littéraire de Marlo, et surtout Lazlo, qu’elle n’a pas revu depuis une vingtaine d’années.

Tatiana de Rosnay nous plonge dans une sorte de Jules et Jim inversé à travers ce roman captivant qui entremêle la voix d’Audrey et les textes laissés par Marlo revisitant leur amitié ambigüe ainsi que leur travail commun sur Oscar Wilde, qui laisse son empreinte sur tout le livre (et notamment son titre). Un livre au scénario habile qu’on ne peut pas lâcher jusqu’au dénouement.

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Un grand roman irlandais en format poche

Long Island, Colm Toibin, Le Livre de Poche,9,40 euros

Eilis coule des jours paisibles à Long Island, où elle s’est installée 20 ans auparavant avec son mari, Tony, et où ils élèvent leurs deux enfants, Larry et Rosella. Mais quand un homme vient lui annoncer que son mari l’a trompée, que sa femme attend un enfant de lui et qu’il le laissera sur le pas de sa porte à sa naissance, ne voulant pas élever un enfant qui n’est pas de lui, le monde s’effondre pour Eilis. Comprenant qu’une partie de sa belle-famille était au courant et a déjà établi un plan d’action, elle décide de partir en Irlande, chez sa mère qui va bientôt fêter ses 80 ans, et d’y rester pour un temps indéterminé.

Dans sa ville natale, elle retrouve sa meilleur amie d’alors, Nancy, qui l’invite au mariage de sa fille, et revoit également Jim Farrell, patron du bar du même nom, qui fut son amour de jeunesse et qu’elle quitta pour épouser Tony. Les souvenirs d’alors refluent, au temps où Jim Farrell et elle pensaient être des âmes soeurs. Mais les années ont passé et tous deux ont pris des engagements parallèles.

Sur un canevas classique, Colm Toibin élabore un grand roman Irlandais qui nous parle d’amour, de souvenirs et de regrets. Un roman superbe et profond, à la narration fluide, d’une grande maîtrise, qui nous enchante. Définitivement un grand roman de cette rentrée littéraire étrangère.

 

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