La vie parfaite, Silvia Avallone, éditions Liana Levi, 22 euros

A la manière d’une fable, Silvia Avallone nous dépeint une chatoyante fresque italienne autour du thème central de la maternité et de ses contours : désir, instinct, peur, rejet.

Adèle, jeune fille de 18 ans, va accoucher seule puisque le père de son enfant est en prison. Sans ressources, elle songe à confier son enfant à l’adoption. De l’autre côté de Bologne, Dora, professeur de littérature, femme accomplie et éclairée, est de plus en plus obnubilée par son désir d’enfant inassouvi, jusqu’à en perdre le contrôle…

Comme dans “D’acier” (qui nous avait subjugué), Silvia Avallone nous décrit des personnages à la lisière de la précarité ou de la folie, chacun aspirant à un idéal illusoire. Dans une langue incandescente et âpre, elle mêle admirablement réalité sociale et drames intimes.

Les anges et tous les saints, J.Courtney Sullivan, éditions Rue Fromentin, 23 euros

Nora et Theresa sont deux soeurs aux caractères très dissemblables : autant l’aînée est calme et réservée, autant la cadette est directe voire délurée. Dans les années 50, à 17 et 21 ans, elles quittent l’Irlande pour vivre à Boston et ne vivent pas ce changement de la même manière : Nora le redoute alors que Theresa le voit comme une chance de changer de vie.

Fin des années 2000. Nous retrouvons Nora qui vient de perdre Patrick, l’aîné de ses quatre enfants, dans un accident de voiture. Cet événement réveille les fantômes du passé et va peut-être réunir les deux soeurs, dont les vies ont pris des voies parallèles.

Entrelaçant avec habileté scènes passées et actuelles, J.Courtney Sullivan explore à nouveau des thèmes qui lui sont chers : les liens familiaux, l’émancipation féminine dans un monde régi par le poids des traditions, les racines, le sentiment de culpabilité. L’auteur relate avec une grande finesse les destins croisés des deux soeurs, déterminés par les choix faits dans leur jeunesse, et leur cheminement personnel au gré de l’évolution de la société américaine.

Conteuse hors pair, J.Courtney Sullivan nous offre un roman dense et nuancé sur la famille et précisément le lien sororal.

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Chanson douce en format poche… à lire absolument!

Chanson douce, Leila Slimani, Folio, 7,25 euros

“Chanson douce” est un livre au titre sibyllin qui nous pousse dans nos derniers retranchements. Paul et Myriam engagent une nourrice pour s’occuper de leurs deux enfants à domicile afin que Myriam reprenne le travail. Louise se révèle parfaite, facilitant leur quotidien et prenant une place prépondérante dans leur vie…jusqu’au drame.

Leila Slimani réussit l’exploit d’accrocher le lecteur alors qu’elle annonce tout de suite la couleur avec une scène d’ouverture glaçante, celle du meurtre des deux enfants. Mais la force du livre réside justement là : chronique d’un drame annoncé, “Chanson douce” maintient une tension sourde, créant une montée en puissance vers l’inexorable dénouement. C’est un autre combat qui se joue en coulisses, celui d’une implacable lutte des classes, le couple faisant miroiter à Louise une autre vie possible, et celui d’une rivalité insidieuse entre la mère et la nourrice, là où se joue le pouvoir maternel.

Un roman qui dit beaucoup de notre société qui veut tout “gérer” jusqu’à l’épanouissement de ses enfants. Est-ce Louise qui glisse vers la folie dans un fantasme de toute-puissance ou notre société qui explose à force de vouloir tout contrôler? Une plume crue et incisive, un roman acerbe et résolument contemporain qui honore cette rentrée littéraire.

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L’âge de raison, Jami Attenberg, éditions les Escales, 19,90 euros

Chronique douce-amère de la vie new-yorkaise, l”âge de raison” est une incursion dans la vie d’Andréa, célibataire citadine, à différentes phases de sa vie, de son installation à New-York après avoir abandonné sa vocation artistique jusqu’à l’approche de la quarantaine. Un récit parfois drôle, parfois poignant, où chaque chapitre saisit un épisode précis de la vie d’Andréa, mêlant présent et passé avec une grande fluidité.

Comment devenir adulte quand, à trente ans et des poussières, on se sent encore comme une ado qui cherche sa voie? A travers les histoires d’Indigo, sa meilleure amie, de son frère et sa belle-soeur, bientôt parents d’une enfant atteinte d’une maladie incurable, de sa mère, militante infatigable (formidables personnages secondaires) Jami Attenberg nous livre le portrait touchant d’une jeune femme dont les tatônnements reflètent la fragilité de notre époque contemporaine. Une belle surprise que cet “âge de raison”. A découvrir!

 

   Mille petits riens, Jodi Picoult, Actes Sud, 23,50 euros

Ruth Jefferson, sage-femme depuis 20 ans, est une employée modèle, une collègue appréciée et la mère d’un adolescent qu’elle élève seule. Quand un bébé décède dans son service et que les parents, jeune couple de suprémacistes blancs, l’accusent de malveillance, son monde s’écroule. La jeune Kennedy, qui a choisi d’être avocate de la défense publique pour défendre les plus démunis, plaidera sa cause et pense tenir là sa grande affaire. Le roman de Jodi Picoult donne la parole à ces trois personnages à tour de rôle et l’on plonge dans le récit bouillonnant d’un procès brûlant, qui réveille les pires aspects de la société américaine.

“Mille petits riens” est un roman dense et fort, qui n’épargne ni ses personnages ni ses lecteurs ; chaque personnage livre ses convictions profondes et ses contradictions intimes, démontrant ainsi la complexité de la question raciale, particulièrement aux Etats-Unis. Jodi Picoult réussit la prouesse de traiter d’un tel sujet avec subtilité, en évitant les écueils du manichéisme et préférant mettre en avant ces milles petits riens du quotidiens, ces menues actions vers l’autre, qui comptent parfois plus que les grandes déclarations.

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Un écrin de papier

Fugitive parce que reine, Violaine Huisman, Gallimard, 19 euros

Un premier roman au titre énigmatique qui nous transporte. Violaine Huisman retrace la vie de sa mère, Catherine, femme fantasque et imprévisible avec qui le quotidien fut chaotique. A l’ouverture du récit, Violaine, 9 ans, assiste à la chute du mur de Berlin à la télévision alors qu’au même moment sa mère s’effondre elle aussi, victime d’une grave dépression qui oblige à la faire interner. Cette vie heurtée, suspendue aux sautes d’humeurs d’une femme écorchée vive, rattrapée par la maladie (qu’on appelle encore maniaco-dépression), est racontée du point de vue de l’enfant, dans une narration vivante et non dénuée de traits d’humour.

Dans la deuxième partie du récit, on aborde la vie de Catherine de façon objective, par le prisme d’un regard extérieur ; tout s’éclaire alors d’une autre façon, à l’aune de l’enfance difficile d’une petite fille à la santé fragile, contrainte de passer plusieurs années à l’hôpital, privée de sa mère. Enfin la troisième partie nous livre le regard réconcilié de l’adulte qui a construit sa vie et évoque le lien indéfectible avec sa mère, malgré toutes ses failles.

Servi par une écriture somptueuse et ciselée, “Fugitive parce que reine” est un texte bouleversant et original, mais aussi plein d’une belle énergie de vie.

 

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Les loyautés, Delphine de Vigan, JC Lattès, 17 euros

Les loyautés, ce sont les promesses que l’on a faites ou que l’on s’est faites à soi-même dans l’enfance, les “fidélités silencieuses” qu’évoque ici Delphine de Vigan, qui peuvent à la fois nous entraver et nous libérer. Sur ce sujet complexe, l’auteur construit un roman choral court et contemporain qui nous fait partager les états d’âme de quatre personnages : Hélène, professeur de collège qui s’inquiète pour Théo, l’un de ses élèves ; Théo, douze ans, écartelé entre ses deux parents divorcés ; Mathis, son meilleur ami et Cécile, sa mère, qui ne voit pas d’un bon oeil cette relation.

Delphine de Vigan explore l’intime avec beaucoup de finesse et nous rappelle que les tourments des enfants reflètent souvent les blessures non refermées des adultes qui les entourent. Un roman comme un jeu de miroirs, de transferts d’émotions entre adultes et enfants et une réflexion passionnante sur les loyautés intimes qui nous définissent et nous dépassent.

 

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Un Noël mouvementé en perspective

Quand vient le temps d’aimer, William Nicholson, éditions Livre de poche, 7,90euros

En ce mois de décembre 2008, plusieurs habitants du petit village d’Edenfield (Angleterre) semblent succomber à un étrange philtre d’amour : Belinda, quinquagénaire qui envisage de tromper son mari, découvre l’infidélité de celui-ci ; sa fille Chloé, elle, veut aider son amie Alice à séduire le jeune Jack, mais c’est Chloé qui enflamme le coeur de celui-ci, alors qu’elle lui préfère un homme plus mûr. Ajoutons à ces personnages la figure d’un jeune artiste en vogue, celle d’un vieil artiste oublié et malheureux, ainsi qu’un plombier violoniste et nous obtenons la recette d’un roman parfaitement anglais.

Amours déçues, trahisons, retrouvailles, c’est donc au jeu du chat et de la souris que s’adonnent ces personnages, pour notre plus grand bonheur. En effet, William Nicholson sait mêler situations équivoques et interrogations existentielles, manier l’ironie comme décrire les tourments intérieurs de ses personnages, qui se découvrent devant nous au fur et à mesure que l’intrigue progresse et se révèlent parfois à eux-mêmes. Un roman maîtrisé et jubilatoire qui, sur le thème ressassé de l’adultère, nous offre des réflexions nouvelles et rafraîchissantes à travers des personnages si justes qu’ils nous semblent humains. Un délice british, à consommer sans modération!

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De grands crus en petit format

Les petites consolations, Eddie Joyce, éditions Rivages, 9,60 euros

Comment se reconstruire après la perte d’un être cher, d’un fils, d’un frère, d’un mari? Les membres de la famille Amendola répondent chacun à leur manière à cette question et vivent ce drame intime différemment. Bobby, le fils préféré, pompier, est mort en héros dans les attentats du 11 Septembre 2001. Dix ans plus tard, ses parents, Gail et Mickaël, affrontent difficilement le quotidien, ressassant parfois leurs souvenirs ; Peter, le frère aîné, se noie dans le travail tandis que Francky, le frère cadet, se laisse sombrer… Quand Tina, la veuve de Bobby, annonce qu’elle a rencontré quelqu’un, cela sonne pour certains comme un nouveau coup porté au défunt. Tina pourra-t-elle s’autoriser à aimer à nouveau et convaincre sa belle-famille de renouer avec le bonheur?

Dans ce roman choral où chacun exprime sa vérité tour à tour, Eddie Joyce explore avec une grande justesse le thème du deuil d’un être cher et la déflagration que peut provoquer cette perte dans la vie de ses proches, même des années après. Un roman sensible dont  les personnages, très attachants, (notamment Gail, qu’on découvre touchante en jeune mère inexpérimentée qui se laisse épauler par sa belle-mère) composent un magnifique portrait de famille. Une belle réussite.

Nos âmes, la nuit, Kent Haruf, éditions Robert Laffont, collection Pavillons poche, 9.90 euros

Voici un petit livre magique, un petit livre surprenant dont la simplicité n’a d’égale que l’intensité. Addie, soixante-quinze ans, veuve depuis longtemps, convie son voisin Louis, veuf lui aussi, à passer de temps à autre la nuit avec elle, pour parler un peu et se tenir compagnie. Bientôt les deux voisins se retrouvent presque tous les soirs, au mépris des rumeurs et des jugements dans cette petite ville de Holt où ils vivent depuis toujours. Mais leurs enfants finissent par s’en mêler et les choses se compliquent… Voilà en substance, l’intrigue assez simple de cette pépite littéraire étonnante.

Le livre nous conduit pas à pas vers le vif du sujet, comme Addie qui semble conduire Louis peu à peu vers une nouvelle façon d’aimer. Et l’on découvre avec eux cette relation libre, affranchie des conventions et du qu’en-dira-t-on, comme on retrouverait la joie de l’enfance et des choses simples. Kent Haruf nous offre avec ce roman une leçon de vie, un livre léger traitant de sujets plus graves qu’il n’y paraît : la vieillesse, la solitude, le repli sur soi, mais aussi la richesse du lien qui n’a pas d’âge. Un délice!

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Belles feuilles d’automne

Gabriële, Anne et Claire Berest, éditions Stock, 21,50 euros

Les deux arrières petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia s’emparent du personnage de leur aïeule avec le besoin d’en découdre, de mieux comprendre cette femme singulière dont les quatre enfants et, par extension, leur descendance, n’étaient pas la préoccupation première.

Gabriële se révèle un personnage romanesque à souhait car pétrie d’ambivalences : éprise de liberté mais épouse dévouée à son mari, musicienne qui abandonne la musique, amoureuse intense mais platonique, elle est la muse des artistes qui l’entourent (Picabia, Duchamp, Apollinaire), celle qui influence, théorise, enflamme les consciences et les coeurs.

On suit avec passion les aventures de Gabriële et du couple iconoclaste qu’elle forme avec Picabia dans cette fresque historique qui est à la fois une histoire d’amour fou et une plongée dans le monde de l’art moderne à ses débuts.

La Beauté Des JoursLa beauté des jours, Claudie Gallay, Actes Sud, 22 euros

Jeanne et Rémy coulent des jours paisibles dans un village près de Lyon. Leurs deux filles, des jumelles, viennent de partir pour l’université. La vie de Jeanne est simple et tranquille entre son travail à la poste, les bons moments avec son amie Suzanne et les dimanches en famille à la ferme. Mais elle cache une nature fantasque et rêveuse qui la pousse à faire d’étranges paris, par exemple suivre des inconnus dans la rue pour voir où leurs pas les mènent.

Bientôt de petits grains de sable se glissent dans les rouages de cette vie routinière : le cadre photo de la performeuse Marina Abramovic tombe et se brise, Jeanne recroise un homme qu’elle a aimé, adolescente, et tout change…

De sa prose épurée et factuelle, Claudie Gallay décrit autant l’ennui que la beauté des jours. Elle évoque admirablement les menus événements du quotidien et les états d’âme de Jeanne, entre son regain de passion pour l’artiste Abramovic et ses doutes sur son couple. Un roman poétique et sans fioritures, qui va droit au coeur comme la beauté simple d’un haïku.

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La promesse d’une naissance

Le cœur battant de nos mères, Britt Bennett, éditions Autrement, 20,90 euros

Nadia, 17 ans, vit seule en Californie avec son père depuis le suicide inexpliqué de sa mère. Elle vit une histoire d’amour naissante avec Luke, fils du pasteur de sa communauté religieuse, le Cénacle. Mais quand elle tombe enceinte et doit avorter en secret, les choses se compliquent…

Nadia quitte Luke et Aubrey, sa meilleure amie, pour devenir étudiante dans une université du Michigan, où elle fréquente l’élite, ne revenant que rarement en Californie. Quelques années plus tard, elle est rappelée au chevet de son père, gravement blessé. Luke et Aubrey sont devenus très proches et les trajectoires des trois personnages vont s’imbriquer inextricablement.

Un premier roman attractif et surprenant, sur un sujet peu exploré en littérature (l’avortement), servi par une écriture simple et juste. Les fidèles du Cénacle s’invitent dans la narration, formant une sorte de chœur antique commentant et rythmant l’action, apportant une touche d’originalité au texte.

Un roman d’apprentissage plein de promesses.

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Deux pépites en format poche pour l’automne

Nora Webster, Colm Toibin, éditions 10/18, 8.40 euros

Le destin d’une femme dans l’Irlande puritaine des années 60.

La vie de Nora bascule lorsque son mari meurt à la suite d’une longue maladie, la laissant seule avec leurs quatre enfants. Au sein d’une communauté qui l’enferme dans le rôle de la veuve éplorée, Nora doit se débattre avec les problèmes financiers et l’éducation de ses enfants ; elle essaye de conquérir une autre place et de retrouver, peu à peu, le désir de vivre.

Un superbe portrait de femme et une héroïne infiniment attachante qui, à force de courage et de volonté, essaye de trouver sa propre place.

Les règles d’usage, Joyce Maynard, éditions 10/18, 8,80 euros

Wendy, 13 ans, mène une vie simple et ordinaire à Brooklyn entre sa mère, son beau-père et son petit frère de 5 ans, Louie. Ce bonheur sans conscience prend fin le 11 Septembre 2001 : sa mère part travailler au World Trade Center et ne revient pas.

Dès lors, le quotidien prend un goût de cendres, les choses de délitent comme se décollent les affiches des disparus sur les murs et l’espoir s’amenuise pour la famille de Wendy. Comment grandir dans un monde bouleversé, privé des règles d’usage habituelles? Un changement radical s’impose à la jeune fille, qui part vivre en Californie avec son père qu’elle connaît peu- tiraillée entre la culpabilité de laisser son beau-père et son frère et le charme de cette nouvelle vie inédite.

Joyce Maynard décrit admirablement les tourments de l’adolescence et le sentiment de perte dans un monde où tous les repères ont disparu. Un roman d’apprentissage émouvant et juste.

 

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