Le combat de Ruth

 Mille petits riens, Jodi Picoult, Babel, 10,80 euros

Ruth Jefferson, sage-femme depuis 20 ans, est une employée modèle, une collègue appréciée et la mère d’un adolescent qu’elle élève seule. Quand un bébé décède dans son service et que les parents, jeune couple de suprémacistes blancs, l’accusent de malveillance, son monde s’écroule. La jeune Kennedy, qui a choisi d’être avocate de la défense publique pour défendre les plus démunis, plaidera sa cause et pense tenir là sa grande affaire. Le roman de Jodi Picoult donne la parole à ces trois personnages à tour de rôle et l’on plonge dans le récit bouillonnant d’un procès brûlant, qui réveille les pires aspects de la société américaine.

“Mille petits riens” est un roman dense et fort, qui n’épargne ni ses personnages ni ses lecteurs ; chaque personnage livre ses convictions profondes et ses contradictions intimes, démontrant ainsi la complexité de la question raciale, particulièrement aux Etats-Unis. Jodi Picoult réussit la prouesse de traiter d’un tel sujet avec subtilité, en évitant les écueils du manichéisme et préférant mettre en avant ces milles petits riens du quotidiens, ces menues actions vers l’autre, qui comptent parfois plus que les grandes déclarations.

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Au nom du frère

 

Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie, éditions Livres de poche, 7,70 euros

Olivia de Lamberterie, critique littéraire de renom, ne parvient plus à lire les mots des autres depuis la mort de son frère le 14 Octobre 2015. La dépression a finalement eu raison d’Alex, qui s’est jeté du pont Jacques-Cartier à Montréal où il vivait avec sa femme et sa fille. L’auteur fait revivre ce frère étonnant et flamboyant, qui sait si bien faire vibrer la vie malgré la noirceur qui l’étreint parfois. Noirceur héréditaire ou malédiction familiale? Cela fait partie des questions qui émergent au fil du récit puisque les suicides sont nombreux chez les hommes de la famille paternelle. Famille aristocrate tendance 16ème arrondissement où l’on exprime peu ses sentiments : “Never explain, never complain”.

De pensées magiques en coïncidences, Olivia de Lamberterie évoque le deuil de façon très personnelle tout en réfutant le passage obligé du fameux “travail de deuil”. Dans un style direct et épuré, elle nous livre un texte poignant, parfois déchirant, mais empli d’une belle force de vie et porté par un amour fraternel sans faille.

“Je voulais que mon frère devienne immortel”:  c’est chose faite avec ce roman en forme d’hommage, enfin en format poche.

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L’union fait la force

Une joie féroce, Sorj Chalandon, éditions Grasset, 20,90 euros

Jeanne découvre brusquement qu’elle a un cancer du sein assez agressif, douloureuse épreuve pour cette femme qui a déjà perdu son fils de sept ans quelques années auparavant d’une grave maladie. Ressentant la situation comme un énième coup du sort, son mari lui apporte un soutien discutable.

C’est alors que Jeanne se lie d’amitié avec trois compagnes d’infortune lors de sa première chimio : Brigitte, Assia et la jeune Mélody. Brigitte notamment lui offre son soutien indéfectible et une dose de bonne humeur et de détermination. Mélody a un combat à mener, celui de récupérer sa fille, Eva, enlevée par son père en Russie. Ce combat devient celui des quatre amies et elles feront tout, même l’impensable, pour arriver à leurs fins.

Le récit tonique mais jamais larmoyant de quatre femmes incarnant la solidarité féminine et un dénouement surprenant qui nous prend au dépourvu.

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Hystérie littéraire

Le Bal des folles - EbookLe bal des folles, Victoria Mas, éditions Albin Michel, 18,90 euros

Un premier roman prometteur qui explore les méandres de la folie féminine à la fin du XIXème siècle. Celles que l’on appelle “les aliénées” sont enfermées à la Salpêtrière et visitées par le célèbre Docteur Charcot ; tous les ans y est célébré le fameux “bal des folles”, où les parisiens viennent s’encanailler parmi les aliénées grimées et costumées.

Les femmes sont enfermées à la demande de leurs proches, pour prostitution, pour des abus sexuels dont elles sont victimes ou une indépendance trop marquée qui dérange. Eugénie Cléry s’y trouve car elle a déclaré communiquer avec les défunts. Geneviève, l’infirmière en chef du service, se rend bientôt compte que cette patiente n’est pas comme les autres..

Victoria Mas reconstitue à merveille cette époque où les femmes n’avaient pas voix au chapitre et où elles pouvaient être enfermées de façon complètement arbitraire. Elle signe un roman à la fois historique, empreint de féminisme et de spiritualité. A découvrir!

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Notre sélection de livres de poche pour l’été

Mrs Hemingway - Livres d'occasionMrs Hemingway, Naomi Wood, éditions Folio, 7,90 euros

Ernest Hemingway avait la réputation d’être un homme à femmes, hâbleur et beau parleur. Mais l’homme cachait derrière ses manières frustes un mal de vivre lancinant, que sa vie sentimentale met en exergue ici à travers sa quête inlassable de l’amour. En effet, s’il y a une femme derrière chaque grand homme, lui en eut quatre et les épousa toutes, comme s’il y croyait à chaque fois éperdument.

Naomi Wood nous entraîne dans le sillage de l’écrivain et de ses quatre femmes, chacune chassant l’autre dans un impossible ménage à trois : on passe d’Hadley, douce et maternante, à la volontaire et noceuse Fife, puis à l’intrépide journaliste Martha Gelhorn, dont il se consolera dans les bras de la dévouée Mary Welsch.

De Paris à Cuba en passant par la côte d’Azur, Hemingway épouse ses maîtresses dans un ballet incessant ; au fil des années, des liens se créent même entre elles, d’ennemies elles deviennent alliées autour de la figure de ce colosse aux pieds d’argile. Ici l’auteur réussit le pari de nous rendre chacune de ces femmes attachantes à sa manière et nous livre une saga passionnante.

 La Vie ParfaiteLa vie parfaite, Silvia Avallone, éditions Liana Levi, format Piccolo, 13 euros

A la manière d’une fable, Silvia Avallone nous dépeint une chatoyante fresque italienne autour du thème central de la maternité et de ses contours : désir, instinct, peur, rejet.

Adèle, jeune fille de 18 ans, va accoucher seule puisque le père de son enfant est en prison. Sans ressources, elle songe à confier son enfant à l’adoption. De l’autre côté de Bologne, Dora, professeur de littérature, femme accomplie et éclairée, est de plus en plus obnubilée par son désir d’enfant inassouvi, jusqu’à en perdre le contrôle…

Comme dans “D’acier” (qui nous avait subjugué), Silvia Avallone nous décrit des personnages à la lisière de la précarité ou de la folie, chacun aspirant à un idéal illusoire. Dans une langue incandescente et âpre, elle mêle admirablement réalité sociale et drames intimes.

Fugitive parce que reine, Violaine Huisman, Folio, 7,90 euros

Un premier roman au titre énigmatique qui nous transporte. Violaine Huisman retrace la vie de sa mère, Catherine, femme fantasque et imprévisible avec qui le quotidien fut chaotique. A l’ouverture du récit, Violaine, 9 ans, assiste à la chute du mur de Berlin à la télévision alors qu’au même moment sa mère s’effondre elle aussi, victime d’une grave dépression qui oblige à la faire interner. Cette vie heurtée, suspendue aux sautes d’humeurs d’une femme écorchée vive, rattrapée par la maladie (qu’on appelle encore maniaco-dépression), est racontée du point de vue de l’enfant, dans une narration vivante et non dénuée de traits d’humour.

Dans la deuxième partie du récit, on aborde la vie de Catherine de façon objective, par le prisme d’un regard extérieur ; tout s’éclaire alors d’une autre façon, à l’aune de l’enfance difficile d’une petite fille à la santé fragile, contrainte de passer plusieurs années à l’hôpital, privée de sa mère. Enfin la troisième partie nous livre le regard réconcilié de l’adulte qui a construit sa vie et évoque le lien indéfectible avec sa mère, malgré toutes ses failles.

Servi par une écriture somptueuse et ciselée, “Fugitive parce que reine” est un texte bouleversant et original, mais aussi plein d’une belle énergie de vie.

Résultat de recherche d'images pour "livre un roman anglais fnac" Un mariage anglais, Claire Fuller, Le Livre de Poche, 8,20 euros

Gil Coleman, vieil écrivain vivant reclus au milieu de ses piles de livres, croit voir sa femme, disparue depuis 12 ans, dans la rue. Il se blesse en voulant la poursuivre et ses deux filles, Flora et Nan, sont appelées à son chevet. Commence alors un huis-clos familial autour de la figure de Gil et surtout d’Ingrid, dont l’absence hante le récit.

Lorsqu’elle rencontre Gil, Ingrid est une étudiante prometteuse, il est son professeur de Littérature. Contraints de quitter la fac où Gil enseignait, ils se marient et s’installent dans la maison de celui-ci, en bord de mer. Quinze ans pus tard, Gil est devenu un écrivain à succès ; Ingrid doit accepter ses fréquentes absences, ses retraits dans son atelier pour écrire en paix, son tempérament de séducteur invétéré. N’arrivant plus à communiquer avec lui, Ingrid commence à lui écrire des lettres où elle relate leur histoire sentimentale, qu’elle glisse dans ses livres…

Le récit, qui alterne entre scènes du moment présent et réminiscences du passé à travers les lettres d’Ingrid, offre à la fois la fine et sensible analyse d’un couple ainsi qu’un magnifique portrait de femme. Un roman à clefs dont les rebondissements nous surprennent, à lire sur la plage!

Dans les angles morts, Elizabeth Brundage, Le Livre de Poche, 8,90 euros

Février 1979, à Chosen, dans l’état de New York. Le professeur George Clare rentre chez lui et trouve sa femme assassinée alors que sa fille de trois ans, Franny, est indemne. Pour le Shérif Travis Lawton, George est le premier suspect.

Huit mois plus tôt, George et Catherine achetaient l’ancienne ferme des Hale à un prix avantageux, George ayant omis de dire à sa femme que les anciens propriétaires, criblés de dettes, s’étaient suicidés dans la ferme, laissant trois orphelins, Eddy, Wade et Cole.

L’histoire des frères Hale se mêle à celle de George et Catherine qui, comme pour se faire pardonner quelque chose, les emploient pour rénover la ferme. Des liens ambigus vont alors se nouer et l’histoire semble se répéter, à l’ombre de cette demeure inquiétante. Au delà du polar, “Dans les angles morts” est un grand roman américain comme on les aime, dense et envoûtant, un roman noir distillant une ambiance angoissante, mêlant les destinées de personnages d’horizons différents avec brio, avec des portraits d’une grande finesse psychologique.

Une fresque humaine inoubliable.

Le cœur battant de nos mères, Britt Bennett, éditions J’ai lu, 8 euros

Nadia, 17 ans, vit seule en Californie avec son père depuis le suicide inexpliqué de sa mère. Elle vit une histoire d’amour naissante avec Luke, fils du pasteur de sa communauté religieuse, le Cénacle. Mais quand elle tombe enceinte et doit avorter en secret, les choses se compliquent…

Nadia quitte Luke et Aubrey, sa meilleure amie, pour devenir étudiante dans une université du Michigan, où elle fréquente l’élite, ne revenant que rarement en Californie. Quelques années plus tard, elle est rappelée au chevet de son père, gravement blessé. Luke et Aubrey sont devenus très proches et les trajectoires des trois personnages vont s’imbriquer inextricablement.

Un premier roman attractif et surprenant, sur un sujet peu exploré en littérature (l’avortement), servi par une écriture simple et juste. Les fidèles du Cénacle s’invitent dans la narration, formant une sorte de chœur antique commentant et rythmant l’action, apportant une touche d’originalité au texte.

Un roman d’apprentissage plein de promesses.

Gabriële Gabriële, Anne et Claire Berest, éditions Le Livre de poche, 8,20 euros

Les deux arrières petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia s’emparent du personnage de leur aïeule avec le besoin d’en découdre, de mieux comprendre cette femme singulière dont les quatre enfants et, par extension, leur descendance, n’étaient pas la préoccupation première.

Gabriële se révèle un personnage romanesque à souhait car pétrie d’ambivalences : éprise de liberté mais épouse dévouée à son mari, musicienne qui abandonne la musique, amoureuse intense mais platonique, elle est la muse des artistes qui l’entourent (Picabia, Duchamp, Apollinaire), celle qui influence, théorise, enflamme les consciences et les coeurs.

On suit avec passion les aventures de Gabriële et du couple iconoclaste qu’elle forme avec Picabia dans cette fresque historique qui est à la fois une histoire d’amour fou et une plongée dans le monde de l’art moderne à ses débuts.

L'age de raison - Poche L’âge de raison, Jami Attenberg, éditions 10/18, 7,50 euros

Chronique douce-amère de la vie new-yorkaise, l”âge de raison” est une incursion dans la vie d’Andréa, célibataire citadine, à différentes phases de sa vie, de son installation à New-York après avoir abandonné sa vocation artistique jusqu’à l’approche de la quarantaine. Un récit parfois drôle, parfois poignant, où chaque chapitre saisit un épisode précis de la vie d’Andréa, mêlant présent et passé avec une grande fluidité.

Comment devenir adulte quand, à trente ans et des poussières, on se sent encore comme une ado qui cherche sa voie? A travers les histoires d’Indigo, sa meilleure amie, de son frère et sa belle-soeur, bientôt parents d’une enfant atteinte d’une maladie incurable, de sa mère, militante infatigable (formidables personnages secondaires) Jami Attenberg nous livre le portrait touchant d’une jeune femme dont les tatônnements reflètent la fragilité de notre époque contemporaine. Une belle surprise que cet “âge de raison”. A découvrir!

 La beauté des jours La beauté des jours, Claudie Gallay, Babel, 9,70 euros

Jeanne et Rémy coulent des jours paisibles dans un village près de Lyon. Leurs deux filles, des jumelles, viennent de partir pour l’université. La vie de Jeanne est simple et tranquille entre son travail à la poste, les bons moments avec son amie Suzanne et les dimanches en famille à la ferme. Mais elle cache une nature fantasque et rêveuse qui la pousse à faire d’étranges paris, par exemple suivre des inconnus dans la rue pour voir où leurs pas les mènent.

Bientôt de petits grains de sable se glissent dans les rouages de cette vie routinière : le cadre photo de la performeuse Marina Abramovic tombe et se brise, Jeanne recroise un homme qu’elle a aimé, adolescente, et tout change…

De sa prose épurée et factuelle, Claudie Gallay décrit autant l’ennui que la beauté des jours. Elle évoque admirablement les menus événements du quotidien et les états d’âme de Jeanne, entre son regain de passion pour l’artiste Abramovic et ses doutes sur son couple. Un roman poétique et sans fioritures, qui va droit au coeur comme la beauté simple d’un haïku.

 

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Résultat de recherche d'images pour "livre c'est toi maman sur la photo"C’est toi, maman, sur la photo? Julie Bonnie, éditions Globe, 19 euros

Qui croirait que cette mère de famille rangée était dans les années 90 une punkette survoltée au crâne rasé, mettant le feu à la nuit berlinoise avec son violon au sein d’un groupe de rock? Julie Bonnie, aujourd’hui 46 ans, toujours en couple avec son compagnon de l’époque, improvisé manager du groupe rebaptisé Myosotis, nous livre ce récit largement inspiré de sa jeunesse Tourangelle.

Dès 13 ans, elle fuit sa famille bourgeoise avec l’envie d’en découdre, d’expulser toute la rage qu’elle ressent. Elle rencontre la belle et fatale Clarisse (en réalité Claire Diterzi), avec qui elle formera un duo de choc, que les rivalités finiront par détruire. C’est une vie de saltimbanques avec une dizaine de personnes qui sillonnent l’Europe dans leur mini-bus. Une précarité voulue, souhaitée, qui rappelle celle de certains jeunes d’aujourd’hui. Mais bien sûr la vie les rattrape, avec ses problèmes d’ordre financier, des dissensions se font sentir sur le choix d’orientation du groupe, underground ou plus commercial.

Un récit incandescent d’une vie consumée, qui prend aux tripes. Le portrait d’une jeune fille que l’auteur ne peut oublier, car elle la ramène à l’essentiel dans sa vie de femme d’aujourd’hui car “la jeune fille dans le tour-bus a oublié de penser à l’avenir”. On avait déjà aimé son livre “Chambre 2”, décidément, on adhère!

Résultat de recherche d'images pour "livre un roman anglais fnac" Un mariage anglais, Claire Fuller, Le Livre de Poche, 8,20 euros

 

Gil Coleman, vieil écrivain vivant reclus au milieu de ses piles de livres, croit voir sa femme, disparue depuis 12 ans, dans la rue. Il se blesse en voulant la poursuivre et ses deux filles, Flora et Nan, sont appelées à son chevet. Commence alors un huis-clos familial autour de la figure de Gil et surtout d’Ingrid, dont l’absence hante le récit.

Lorsqu’elle rencontre Gil, Ingrid est une étudiante prometteuse, il est son professeur de Littérature. Contraints de quitter la fac où Gil enseignait, ils se marient et s’installent dans la maison de celui-ci, en bord de mer. Quinze ans pus tard, Gil est devenu un écrivain à succès ; Ingrid doit accepter ses fréquentes absences, ses retraits dans son atelier pour écrire en paix, son tempérament de séducteur invétéré. N’arrivant plus à communiquer avec lui, Ingrid commence à lui écrire des lettres où elle relate leur histoire sentimentale, qu’elle glisse dans ses livres…

Le récit, qui alterne entre scènes du moment présent et réminiscences du passé à travers les lettres d’Ingrid, offre à la fois la fine et sensible analyse d’un couple ainsi qu’un magnifique portrait de femme. Un roman à clefs dont les rebondissements nous surprennent, à lire sur la plage!

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Un printemps en poche

La vie parfaite, Silvia Avallone, éditions Liana Levi, format Piccolo, 13 euros

A la manière d’une fable, Silvia Avallone nous dépeint une chatoyante fresque italienne autour du thème central de la maternité et de ses contours : désir, instinct, peur, rejet.

Adèle, jeune fille de 18 ans, va accoucher seule puisque le père de son enfant est en prison. Sans ressources, elle songe à confier son enfant à l’adoption. De l’autre côté de Bologne, Dora, professeur de littérature, femme accomplie et éclairée, est de plus en plus obnubilée par son désir d’enfant inassouvi, jusqu’à en perdre le contrôle…

Comme dans “D’acier” (qui nous avait subjugué), Silvia Avallone nous décrit des personnages à la lisière de la précarité ou de la folie, chacun aspirant à un idéal illusoire. Dans une langue incandescente et âpre, elle mêle admirablement réalité sociale et drames intimes.

Fugitive parce que reine, Violaine Huisman, Folio, 7,90 euros

Un premier roman au titre énigmatique qui nous transporte. Violaine Huisman retrace la vie de sa mère, Catherine, femme fantasque et imprévisible avec qui le quotidien fut chaotique. A l’ouverture du récit, Violaine, 9 ans, assiste à la chute du mur de Berlin à la télévision alors qu’au même moment sa mère s’effondre elle aussi, victime d’une grave dépression qui oblige à la faire interner. Cette vie heurtée, suspendue aux sautes d’humeurs d’une femme écorchée vive, rattrapée par la maladie (qu’on appelle encore maniaco-dépression), est racontée du point de vue de l’enfant, dans une narration vivante et non dénuée de traits d’humour.

Dans la deuxième partie du récit, on aborde la vie de Catherine de façon objective, par le prisme d’un regard extérieur ; tout s’éclaire alors d’une autre façon, à l’aune de l’enfance difficile d’une petite fille à la santé fragile, contrainte de passer plusieurs années à l’hôpital, privée de sa mère. Enfin la troisième partie nous livre le regard réconcilié de l’adulte qui a construit sa vie et évoque le lien indéfectible avec sa mère, malgré toutes ses failles.

Servi par une écriture somptueuse et ciselée, “Fugitive parce que reine” est un texte bouleversant et original, mais aussi plein d’une belle énergie de vie.

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Le corps éparpillé

I am, I am, I am, Maggy O’farrell, éditions Belfond, 21 euros

” I am, I am, I am” est un OVNI littéraire, construit comme une sorte d’inventaire des épisodes de sa vie où l’auteur a frôlé la mort. Chaque chapitre est dédié à l’organe du corps humain ciblé : le cou, manqué d’être étranglé par un violeur en Ecosse ; les poumons, submergés lors d’un plongeon dans l’eau glacée, ou encore le ventre, endolori par un accouchement difficile.

Dix-sept instants suspendus, admirablement décrits par Maggie O’Farrell, dans un livre étonnant d’une intensité rare, qui nous parle des maux du corps, de la confrontation avec la mort toute proche, mais aussi d’hérédité, de maternité, de féminisme…

Un récit qui pourrait s’enliser dans la plainte mais qui apparaît plutôt comme une drôle de litanie scandant le retour à la vie, à l’instar de la phrase de cette autre poète, Sylvia Plath, en exergue du livre : “J’ai respiré profondément et j’ai écouté le vieux battement de mon coeur. Je suis, je suis, je suis.”

Un hymne à la vie.

 

L’âge de raison, Jami Attenberg, éditions 10/18, 7.50 euros

Chronique douce-amère de la vie new-yorkaise, l”âge de raison” est une incursion dans la vie d’Andréa, célibataire citadine, à différentes phases de sa vie, de son installation à New-York après avoir abandonné sa vocation artistique jusqu’à l’approche de la quarantaine. Un récit parfois drôle, parfois poignant, où chaque chapitre saisit un épisode précis de la vie d’Andréa, mêlant présent et passé avec une grande fluidité.

Comment devenir adulte quand, à trente ans et des poussières, on se sent encore comme une ado qui cherche sa voie? A travers les histoires d’Indigo, sa meilleure amie, de son frère et sa belle-soeur, bientôt parents d’une enfant atteinte d’une maladie incurable, de sa mère, militante infatigable (formidables personnages secondaires) Jami Attenberg nous livre le portrait touchant d’une jeune femme dont les tâtonnements reflètent la fragilité de notre époque contemporaine. Une belle surprise que cet “âge de raison”. A découvrir!

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Amères récoltes

Reste avec moi, Ayobami Adebayo, éditions Charleston, 22,50 euros

Yejide et Akin se rencontrent à l’Université d’Ifé et vivent une belle et forte histoire d’amour. Ils se marient, mais quatre ans plus tard, le ventre de Yejide reste désespérément plat. Elle consulte tous les spécialistes en espérant un miracle, jusqu’au jour où une délégation familiale se présente chez elle accompagnée d’une autre jeune femme, Funmi, désignée pour être la nouvelle femme d’Akin. Yejide enrage mais devra désormais partager son quotidien avec cette deuxième épouse, à moins d’un miracle…

Porté par une écriture chamarrée et des personnages hauts en couleur, “Reste avec moi” est un roman original à l’intrigue plus complexe qu’il n’y paraît, et qui peut dérouter par les choix insolites de ses personnages qui transgressent nos valeurs occidentales. Un roman étonnant et atypique qui nous transporte dans le Nigeria des années 80, avec ses coups d’état et ses traditions conservatrices auxquelles se heurte Yejide, figure de femme indépendante au caractère bien trempé.

Dans la lignée des livres de Chimamanda Ngozi Adichie.

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Au delà du polar

Dans les angles morts, Elizabeth Brundage, Le Livre de Poche, 8,90 euros

Février 1979, à Chosen, dans l’état de New York. Le professeur George Clare rentre chez lui et trouve sa femme assassinée alors que sa fille de trois ans, Franny, est indemne. Pour le Shérif Travis Lawton, George est le premier suspect.

Huit mois plus tôt, George et Catherine achetaient l’ancienne ferme des Hale à un prix avantageux, George ayant omis de dire à sa femme que les anciens propriétaires, criblés de dettes, s’étaient suicidés dans la ferme, laissant trois orphelins, Eddy, Wade et Cole.

L’histoire des frères Hale se mêle à celle de George et Catherine qui, comme pour se faire pardonner quelque chose, les emploient pour rénover la ferme. Des liens ambigus vont alors se nouer et l’histoire semble se répéter, à l’ombre de cette demeure inquiétante. Au delà du polar, “Dans les angles morts” est un grand roman américain comme on les aime, dense et envoûtant, un roman noir distillant une ambiance angoissante, mêlant les destinées de personnages d’horizons différents avec brio, avec des portraits d’une grande finesse psychologique.

Une fresque humaine inoubliable.

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