Tout le bonheur du monde, Claire Lombardo, éditions Rivages, 24,90 euros

“Tout le bonheur du monde” nous entraine dans l’histoire de quatre soeurs, Wendy, Violet, Liza et Grace. Leurs parents, David et Marilyn, s’aiment encore comme au premier jour. Le spectacle de leur couple enamouré et ardent, même après quarante ans de mariage, insupporte ou décourage leurs filles, dont les vies sentimentales laissent à désirer.

Wendy, jeune veuve sans enfant, s’envoie en l’air avec des amants de passage ; si la vie amoureuse de Violet, la cadette, semble plus stable entre son mari et leurs deux petits garçons, un douloureux secret resurgit au grand jour et menace ses fondations ; Liza, dont le conjoint est dépressif, porte son couple à bout de bras ; quant à Grace, la petite dernière, elle s’invente une vie plutôt que de la vivre.

Un livre dense qui explore les relations familiales avec beaucoup de justesse et de nuances, servi par un humour parfois grinçant. On s’attache aux membres de cette famille presqu’idéale que l’on quitte à regret.

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Entre toutes les mères, Ashley Audrain, éditions J.C Lattès, 21,90 euros

Ca commence comme un polar qui nous accroche immédiatement. Blythe Connor vient d’avoir un bébé mais quelque chose cloche : la relation mère/fille a du mal à se mettre en place, Violet est un bébé grognon alors que Blythe a un modèle maternel défaillant, sa mère l’ayant laissée quand elle avait onze ans.

Plus le temps passe, plus Blyhte voit en sa fille une personnalité froide et parfois violente qui l’effraie. Mais elle est la seule à entrevoir cette noirceur chez sa fille, son mari et leur entourage pensent qu’elle se fait des idées. Jusqu’à l’impensable…

“Entre toutes les mères” nous fait pénétrer dans la psyché d’une mère qui doute, d’une mère qui a du mal à créer le lien avec son enfant ; en tant que lecteur, on peut s’interroger sur la fiabilité de son jugement. Ainsi le récit nous tient en haleine jusqu’au dénouement. Un roman bien construit qui nous glace le sang.

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Normal People, Sally Rooney, éditions de l’Olivier, 22 euros

Marianne et Connell se rencontrent au lycée ; Connell est un lycéen très populaire alors que Marianne est la fille un peu solitaire, jamais vraiment à l’aise avec les autres. Ils forment un couple improbable mais s’attirent comme des aimants, même si Connell tient à être très discret sur leur relation. Ils ne sont pas du même milieu social, la mère de Connell, Lorraine, étant femme de ménage chez Marianne. Lorsqu’on les retrouve un an après au Trinity Collège, les choses semblent s’être inversées : Marianne s’épanouit parmi son groupe d’amis tandis que Connell ne trouve pas sa place.

Voilà un roman qui avance à pas feutrés, dévoilant peu à peu les états d’âme des personnages, parfois agaçants mais toujours touchants. Le manifeste d’une jeunesse un peu paumée, qui se regarde et s’ausculte sans relâche, une plongée dans cette parenthèse qu’est la vie estudiantine et ses atermoiements sentimentaux, entre le moi intime et le moi social. Le roman d’une génération perdue.

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Comme une main posée sur votre épaule

Ce matin-là, Gaëlle Josse, éditions Noir sur blanc, 17 euros

Un matin, Clara, employée d’une société de crédit, ne parvient pas à démarrer sa voiture, et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : elle n’en peut plus, elle n’a plus la force de continuer sa vie telle qu’elle est. Elle, si investie et efficace, ne retournera pas à son travail. Bientôt, collègues, amis, amours, tout se délite autour d’elle et elle se retrouve seule face à ce burn-out.

D’une plume simple et juste, Gaëlle Josse nous offre un roman lumineux sur un sujet difficile et très actuel. C’est aussi un hymne à l’amitié à travers la relation entre Clara et Cécile, l’amie des années d’étude, qui l’invite à partager son quotidien en exploitation agricole. Un beau livre sur le sens de la vie, sur ce corps vacillant qui nous oblige à réagir et changer, enfin, de vie.

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Le dessous des cartes

Héritage, Dani Shapiro, éditions les Arènes, 20,90 euros

Un livre troublant sur une identité qui se dérobe. Dani Shapiro, 54 ans,  née dans une famille juive New-yorkaise, ne ressemble à personne dans sa famille, blonde aux yeux bleus parmi une famille de bruns. Cela l’a toujours intriguée, jusqu’au jour où, à la demande de sa demi-soeur, elle fait un test ADN qui révèle qu’elle n’a aucun lien avec celle-ci, ni avec son père.

Dès lors, elle ne va cesser de s’interroger sur le mystère de sa conception et se lance dans une véritable enquête autour du secret de ses origines : Que lui ont caché ses parents? S’il y a un donneur, pourra-t-elle le retrouver et, peut-être, le rencontrer?

Un récit passionnant qui, alors que l’auteur perd parfois pied, bouscule aussi son lecteur. Comment ne pas perdre ses repères quand toutes nos certitudes sont balayées, qu’une vie entière est remise en question?

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Promenons nous dans les bois

Ces orages-là, Sandrine Collette, éditions J.C Lattès, 20 euros

Clémence s’installe dans une petite maison un peu vétuste mais dont le jardin luxurieux la ravit. Derrière elle, elle laisse Thomas, son compagnon maltraitant psychologiquement qui la harcelait littéralement. Mais Thomas hante ses pensées et la tient, même à distance, sous son emprise.

Dans ce polar qui n’en est pas vraiment un, Sandrine Collette nous plonge dans l’effroi, dans une peur indicible, peur bleue et viscérale qui envahit le mental de Clémence. La scène d’ouverture dans la forêt, où Thomas traque Clémence devenue sa proie, nous glace le sang. De son écriture au scalpel, Sandrine Collette livre un récit haletant sur l’emprise et comment on s’en sort doucement, au rythme des petits pas chancelants de Clémence.

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Des pépites en format poche

Les anges et tous les saints, J.Courtney Sullivan, Le Livre de poche, 8,40 euros

Nora et Theresa sont deux soeurs aux caractères très dissemblables : autant l’aînée est calme et réservée, autant la cadette est directe voire délurée. Dans les années 50, à 17 et 21 ans, elles quittent l’Irlande pour vivre à Boston et ne vivent pas ce changement de la même manière : Nora le redoute alors que Theresa le voit comme une chance de changer de vie.

Fin des années 2000. Nous retrouvons Nora qui vient de perdre Patrick, l’aîné de ses quatre enfants, dans un accident de voiture. Cet événement réveille les fantômes du passé et va peut-être réunir les deux soeurs, dont les vies ont pris des voies parallèles.

Entrelaçant avec habileté scènes passées et actuelles, J.Courtney Sullivan explore à nouveau des thèmes qui lui sont chers : les liens familiaux, l’émancipation féminine dans un monde régi par le poids des traditions, les racines, le sentiment de culpabilité. L’auteur relate avec une grande finesse les destins croisés des deux soeurs, déterminés par les choix faits dans leur jeunesse, et leur cheminement personnel au gré de l’évolution de la société américaine.

Conteuse hors pair, J.Courtney Sullivan nous offre un roman dense et nuancé sur la famille et précisément le lien sororal.

 

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En nous beaucoup d’hommes respirent, Marie-Aude Murail, Le livre de poche, 8,20 euros

 

En vidant la maison de ses parents après le décès de son père, Marie-Aude Murail tombe sur des liasses de lettres et de photos soigneusement conservées et annotées. Elle retrouve notamment le roman écrit par son grand-père Raoul, racontant son histoire d’amour avec Cécile, jeune femme en grand deuil passant devant don atelier et dont il tombe immédiatement amoureux. Petite histoire qui rejoint la grande, puisque la guerre 14-18 éclate quelques mois après leur rencontre…

Dans cette fresque familiale de plus de 400 pages, Marie-Aude Murail, célèbre pour ses romans destinés à la jeunesse, remonte le fil de l’histoire familiale et convoque les protagonistes de plusieurs générations, grand-parents, parents, pour enfin nous livrer sa propre histoire avec une désarmante sincérité : amours plurielles, ambivalence du sentiment maternel, l’auteur n’épargne ni son lecteur ni elle-même.

Illustré de documents d’archives et de photos, “En nous beaucoup d’hommes respirent” est un livre iconoclaste et irrévérencieux comme son auteur, une saga familiale formidablement vivante qu’on dévore avec bonheur.

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Reste avec moi, Ayobami adebayo, Le Livre de poche, 8 euros

Yejide et Akin se rencontrent à l’Université d’Ifé et vivent une belle et forte histoire d’amour. Ils se marient, mais quatre ans plus tard, le ventre de Yejide reste désespérément plat. Elle consulte tous les spécialistes en espérant un miracle, jusqu’au jour où une délégation familiale se présente chez elle accompagnée d’une autre jeune femme, Funmi, désignée pour être la nouvelle femme d’Akin. Yejide enrage mais devra désormais partager son quotidien avec cette deuxième épouse, à moins d’un miracle…

Porté par une écriture chamarrée et des personnages hauts en couleur, “Reste avec moi” est un roman original à l’intrigue plus complexe qu’il n’y paraît, et qui peut dérouter par les choix insolites de ses personnages qui transgressent nos valeurs occidentales. Un roman étonnant et atypique qui nous transporte dans le Nigeria des années 80, avec ses coups d’état et ses traditions conservatrices auxquelles se heurte Yejide, figure de femme indépendante au caractère bien trempé.

Dans la lignée des livres de Chimamanda Ngozi Adichie.

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La petite dernière, Fatima Daas, éditions Noir sur Blanc, 16 euros

Fatima Daas creuse son sujet comme l’agriculteur son sillon, inlassablement, avec toujours la phrase d’accroche “Je m’appelle Fatima Daas”. Elle ne cesse d’interroger son identité, sa féminité, sa religion, et de tenter de se définir en creux parmi ces différents prismes.

Fatima, c’est aussi la petite dernière qui observe le monde autour d’elle, qui fait trois heures de trajet par jour pour aller de Clichy à Paris et qui commence à écrire dans un atelier d’écriture. Son monologue comme une litanie nous embarque dans sa vie de banlieusarde et ses premiers émois. Entre l’autobiographie et le roman d’apprentissage, un texte court qui frappe comme un uppercut et ne nous laisse pas indemne.

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