Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan, éditions Gallimard, 22 euros
Un matin, Thomas, la cinquantaine, émerge difficilement d’une soirée bien arrosée dans un bar avec un ami. Ne parvenant pas à déverrouiller son portable, il réalise que l’appareil n’est pas le sien mais qu’il a été échangé avec celui d’une autre personne. A y réfléchir de plus près, il se rappelle la présence fugitive d’une jeune femme trentenaire, juste à côté de lui dans le bar. Quand il parvient enfin à la joindre, celle-ci convient de lui redonner son portable mais ne souhaite pas récupérer le sien, lui déclarant sur un ton grave “gardez-le”.
Commence alors pour Thomas une expérience immersive singulière qui le plonge dans l’intimité profonde de cette femme nommée Romane Monnier. Thomas va alors explorer l’empreinte numérique de Romane Monnier dans un roman résolument contemporain qui dissèque nos existences vouées au piège de nos appareils digitaux. Il a accès à ses messages sur différents réseaux, à son journal intime dans une application et des enregistrements clandestins.
Une image se dessine alors, celle d’une jeune femme qui a besoin de se délester du poids de sa vie en la partageant avec un total inconnu. Dans ce conte moderne, Delphine de Vigan fait le portrait d’une héroïne d’aujourd’hui, bien ancrée dans le présent mais aussi nimbée de mystère, qui n’est peut-être qu’un pâle reflet numérique, une personnalité recréée par le narrateur. Un roman visionnaire et troublant.