Nos héritages, Anna Hope, éditions Gallimard, 24 euros
Philip Brooke, mari volage et père distant, vient de mourir, laissant sa fortune, quelques dettes et son vieux manoir dans le Sussex à sa veuve, Grace, et ses trois enfants, Frannie, Milo et Isabella. Chacun d’eux a sa propre vision de la suite : Frannie s’occupe déjà du domaine où elle a installé yourtes et roulottes et envisage de créer un “corridor de réensauvagement” ; Milo souhaite y construire une clinique de haut standing proposant des traitements alternatifs avec son ami Luca, tandis qu’Isabella, plus en retrait, a invité à l’enterrement la fille d’une des maîtresses de son père, Clara, qu’elle soupçonne d’être leur demi-soeur.
D’autres personnages gravitant autour de la fratrie sont essentiels à la vie du domaine: Ned, qui vit ici depuis les années soixante et a le béguin pour Grace ; Jack, qui s’occupe du domaine sous la direction de Frannie, a entretenu une liaison avec Isabella et décide brusquement d’accepter un nouveau travail en Ecosse. Les tensions s’exacerbent et tout semble se déliter autour de Frannie, qui tient le domaine à bout de bras.
Anna Hope installe ses personnages dans une temporalité resserrée sur cinq jours autour de l’enterrement de Philip, ce qui rappelle un scénario de film ou de pièce de théâtre. Chaque personnage se dévoile peu à peu comme des poupées russes, montrant des aspects de leurs personnalités secrètes et invisibles à l’oeil nu. Voici un roman qui évolue au coeur de conflits larvés, évoquant les liens familiaux, l’argent, mais aussi l’accomplissement personnel et une pointe de nostalgie. Après un départ un peu lent, on se délecte des situations ambivalentes et des caractères explosifs des personnages, décrits avec une subtilité raffinée. Un très bon roman, dans l’esprit de la série “Downtown Abbey” contemporain.