Une histoire d’ours, Edwyn Ivey, éditions Gallmeister, collection Totem, 12,90 euros
Birdie, maman solo d’une petite Emaleen, 6 ans, vit dans une cabane sommaire en Alaska au sein d’une petite communauté où tout le monde se connaît. Elle est serveuse dans un bar et doit parfois laisser sa fille seule. Un jour, celle-ci s’égare dans la forêt et revient au bras d’Arthur Nielsen, un homme taiseux et sauvage, à la limite de l’autisme, qui vit dans une cabane éloignée de tout.
Contre toute attente, Birdie tombe amoureuse et va s’installer chez lui dans sa cabane vétuste, sans eau ni électricité, au coeur de la forêt. Birdie a l’impression d’avoir trouvé le mode de vie dont elle rêvait, vivant de pêche et de cueillette, faisant elle-même son feu et retapant la vieille cabane. Ce pourrait être le paradis si Arthur ne disparaissait pas sans prévenir, restant absent parfois quelques jours, sans rien dire de ses escapades. Peu à peu Birdie comprend qu’Arthur cache une face sombre qu’il ne maîtrise pas lui-même. Birdie et Emaleen sont-elles en sécurité avec lui?
“Une histoire d’ours” nous entraîne dans la vie sauvage en Alaska et tous les dangers qu’elle recèle. C’est un conte initiatique, presque onirique, qui peut être déroutant mais aussi plein de poésie et qu’on lit d’une traite avec beaucoup de plaisir.
Mauvais oeil, Etaf Rum, éditions Pocket, 10,30 euros
Lorsque Yara, professeur d’Art à la Fac, se brouille avec une de ses collègues et est convoquée pour faute disciplinaire, le monde de la jeune femme se fissure. Non seulement on lui retire ses heures de cours, mais pour les récupérer et accéder à un temps plein, elle doit assister à des séances de psy, elle qui a tellement de mal à se confier et dont la culture palestinienne valorise le secret et la réserve.
Le psychologue lui conseille d’écrire un journal, à qui elle se confie de plus en plus, révélant peu à peu les écueils de son existence : la recherche de la perfection notamment dans son rôle de mère et le sentiment de ne pas être à la hauteur, sa volonté d’être une femme indépendante, contrairement à sa propre mère, et le lent délitement de son couple avec Fadi, accaparé par son travail. Peu à peu ses souvenirs ressurgissent, envahissant et perturbant son quotidien.
Etaf Rum nous fait pénétrer dans la psyché de Yara, écartelée entre le rôle traditionnel de la femme palestinienne et ses aspirations personnelles. Dans une langue riche et imagée, “Mauvais oeil” est un roman à la fois social et intimiste qui exprime le dilemme de son personnage entre héritage familial et velléités d’indépendance.