Des romans d’apprentissage pour un début d’année prometteur…

mediumLe Roman du mariage, Jeffrey Eugenides, éditions de l’Olivier, 24Euros

 

On peut dire que Jeffrey Eugenides a pris son temps avant de publier ce troisième livre, 10 ans après Middlesex ; on apprécie ces respirations entre deux romans, quand d’autres publient à une cadence infernale ( et, pour tout dire, douteuse), d’autant que “Le roman du mariage” est un livre dense, fouillé, l’un de ceux que l’on n’assimile pas immédiatement mais petit à petit, par imprégnation.

Comme son titre ne l’indique pas, le roman du mariage est avant tout un roman d’initiation, puisqu’il relate les débuts dans la vie de trois étudiants à l’université de brown, en 1980. Madeline, Leonard et Mitchell découvrent ensemble la littérature, Roland Barthes et les balbutiements des premiers sentiments amoureux. Ils forment une sorte de triangle amoureux et impossible : Mitchell, le gendre idéal épris d’absolu, a le béguin pour Madeline, alors que celle-ci tombe sous le charme sombre de Léonard, grand séducteur à la santé psychique fragile.

C’est à leurs premiers choix que sont confrontés nos jeunes héros, qui essayent de trouver leur place dans ce monde sans pour autant renoncer à leurs aspirations. Comédie de moeurs magistrale mettant en scène des personnages très attachants, Le roman du mariage est un grand roman, dans la lignée de Jonathan Franzen.

Un jour, nous nous raconterons toutUn jour nous nous raconterons tout, Daniela Krien, Flammarion, 19 euros

Nous sommes en ex-Allemagne de l’est, au lendemain de la réunification. Maria, jeune fille de 16 ans, a quitté le domicile de sa mère divorcée pour aller vivre dans la ferme familiale de son petit ami, Johannes. Elle sèche les cours et préfère lire Dostoïevski, mais doit se rendre utile à la ferme pour s’intégrer à cette famille qui l’accueille à bras ouverts. La vie simple et ordinaire de la ferme bascule quand Maria rencontre Henner, le voisin, un fermier solitaire de vingt ans son aîné. Il est sauvage et emporté, elle est une jeune fille sensible plongée dans ses livres, mais ils vivent une passion torride qui va changer leurs vies…

Daniela Krien nous livre un premier roman prometteur ; dans une langue sèche qui privilégie les choses concrètes, elle fait jaillir l’émotion comme par surprise. La vie fruste de la ferme est très bien décrite, dans son aspect rassurant pour Maria, alors que la passion folle qu’elle ressent pour Henner la livre à un monde inconnu, fait d’intensité mais aussi d’une grande dureté. Le choc de ces deux mondes est aussi frontal que celui de la retrouvaille des deux allemagnes, et c’est au monde adulte que va se heurter la jeune Maria.

Un roman d’apprentissage plein de charme, dans lequel le personnage de Maria irradie d’une joie enfantine et d’une pureté à toute épreuve . Une bonne surprise de lecture, à découvrir!

 

 

 

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Pour 2013, les livres qu’on aime en format poche!

Madame HemingwayMadame Hemingway, Paula MacLain, Livre de Poche , 7 euros

Un très bon roman enfin en livre de poche! Dans le chicago de 1920, Hadley Richardson, jeune fille du Midwest de 28 ans, rencontre Ernest Hemingway, fringant jeune homme de 20 ans rentrant tout juste de la guerre, qui éblouit l’assistance par ses récits du conflit, dont il est revenu blessé à la jambe.

Bientôt ils convolent et s’embarquent pour l’Europe et le Paris des années folles, où ils croiseront artistes et écrivains de la “génération perdue” : Gertrude Stein, Ezra Pound, Scott et Zelda Fitzgerald…Dans une ambiance de fête permanente , le jeune couple mène une vie de bohème et de vaches maigres, puisqu’Ernest n’a encore rien écrit des romans qui le rendront célèbre. Leur amour et leur complicité survivront-ils à cette vie faite d’excès?

Ni biographie, ni roman historique, ni récit intimiste, mais aussi tout cela à la fois, Madame Hemingway s’attaque au mythe Hemingway par le prisme du regard de sa première épouse (il en eut 4!) et c’est ce parti pris qui rend le roman passionnant car on s’attache à la figure d’Hadley, jeune femme discrète et honnête. Un régal!

CouvertureLe Dîner, Herman Koch, 10/18, 8.10 euros

Jusqu’où aller pour protéger ceux que l’on aime? C’est la question que pose en filigrane ce roman à l’humour grinçant qui interroge nos valeurs morales.

Le pitch : deux frères et leurs épouses se retrouvent pour diner dans un restaurant branché d’Amsterdam ; tandis que les serveurs apportent des assiettes bio très chics et quasi vides, les rapports mitigés entre les deux frères sourdent sous la franche cordialité : il faut dire que l’un deux, Serge, est un homme politique connu, ce qui n’est pas sans provoquer certaines aigreurs chez Paul, le narrateur, dont la carrière de professeur est en stand-by. Ajoutez à cela des conflits rentrés avec leurs épouses, et vous obtenez la recette de ce dîner explosif!

Au cours du dîner, on apprend que leurs fils respectifs, deux adolescents, ont commis un acte atroce…

Il serait criminel d’en dire plus! En tout cas, ce roman, qui se déroule comme un bon film et se lit comme un polar, est saisissant de vérité et nous pousse à nous interroger sur les mobiles de nos actes, parfois nébuleux.

A lire absolument!

Les revenantsLes revenants, Laura Kasischke, Livre de Poche, 8.10 euros

Trois étudiants d’une petite université du Midwest viennent d’avoir un terrible accident de voiture dans lequel l’un d’eux, une jeune fille, a trouvé la mort. Laura Kasischke va, tout au long de ce roman, s’attarder sur chacun des protagonistes du drame, son entourage et son environnement. Son récit se déroule au rythme lent d’un quotidien devenu lourd du souvenir de la morte, où, sous une fausse insouciance, pointe le désarroi d’une jeunesse qui se cherche un avenir au-delà des certitudes de ses aînés.

Roman parfois dur et amer où l’auteur s’affranchit de toute chronologie pour mieux cerner les émotions qui étreignent ses personnages, “Les revenants” nous guide aussi à travers les coutumes et valeurs morales propres aux universités américaines qui imposent un modèle hors duquel on s’expose à un ostracisme sourd.

Tout comme il est des courses que l’on dit “de fond”, ce roman est une lecture “de fond” servi par une très belle écriture.

 

 

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Des pavés sous le sapin!

Les fêtes de fin d’année approchent et vos cadeaux ne sont pas faits? Voici quelques suggestions de livres pour tous les styles, âges et budgets!

Caroline Larroche - Qui copie qui ? - La peinture sous influence.Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau - Les paysans - Récits, témoignages et archives de la France agricole (1870-1970).Paris au fil de la Seine - Des Racines & des Ailes. de Louis LaforgeMichel Drucker et Gilles Verlant - Les 500 émissions mythiques de la télévision française.

Pour commencer, quelques beaux livres dont celui de Caroline Larroche aux éditions RMN/solar, “qui copie qui” (35 euros), une savoureuse évocation de l’histoire de l’art à travers les diverses influences, hommages et autres clins d’oeil entre artistes. Nous vous proposons également un très beau livre sur les paysans aux éditions des arènes, de Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau (29.90 euros), qui retrace un siècle d’agriculture avec de multiples documents, photos et illustrations comme l’année dernière les “paroles de l’ombre”. Avec l’émission ” des racines et des ailes”, Louis Laforge nous propose dans son livre édité aux éditions du chêne, de parcourir Paris au fil de la seine en visitant ainsi les monuments qui bordent les rives du fleuve. Quant au livre de Michel Drucker et Gilles Verlant aux éditions Flammarion, il regorge d’anecdotes et de photos des 500 émissions mythiques de la télévision française.

 Hugo et Compagnie - Le coffret flingueur des tontons.Détails sur le produitDétails sur le produitDétails sur le produit

Pour l’amateur des tontons flingueurs, voici l’indispensable coffret flingueur des tontons aux éditions hugo et compagnie, qui contient le livre “le dico flingueur des tontons”, ainsi que de véritables billets de banque à l’effigie de nos personnages et un pistolet semi-automatique plus vrai que nature pour jouer aux tontons… et bien sûr, comme tous les ans nous vous proposons des calendriers originaux pour égayer l’année 2013 : deyrolle et ses illustrations vintage, les superbes dessins de Benjamin Lacombe, mais aussi les almaniaks et toutes leurs infos étonnantes chaque jour… et bien d’autres choses encore.

Lulu femme nue  : Coffret 2 volumes. de Etienne DavodeauMoi René Tardi, prisonnier au Stalag II B. de Jacques TardiNotre mère la guerre Tome 4 : Requiem. de  Kris et  MaëlLe cycle de Cyann Tome 5 : Les couloirs de l'entretemps. de François Bourgeon et Claude LacroixIntégrale immeuble d'en face

Un petit florilège de la B.D de fin d’année : voilà un superbe coffret des deux volumes de “lulu femme nue” (bientôt le film!) dont beaucoup de scènes se passent aux Sables d’Olonne et à Saint Gilles Croix-de-vie (restons chauvins!). “Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au StalagIIB” retrace la guerre du père de Jacques Tardi dans une B.D émouvante. Notre mère la guerre T.4 nous entraîne dans une enquête passionnante sur fond de guerre 14-18. Bourgeon nous enchante avec le t.5 du Cycle de Cyann, “les couloirs de l’entretemps”  et Vanyda sort enfin l’intégrale de la série “l’immeuble d’en face” qu’on adore ! (confère l’article en catégorie B.D)

Pour choisir les meilleurs livres de Noël, rendez-vous à la librairie les Fables d’Olonne!

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Un suspense éprouvant pour vos soirées d’hiver!

Gillian Flynn - Les Apparences.Les Apparences, Gillian Flynn, éditions Sonatine

 

Victimes de la crise financière, Nick et sa jeune femme Amy, ont quitté Manhattan, leurs jobs dans la presse et leur vie aisée pour revenir dans la petite ville du Missouri dont Nick est originaire. Pendant que Nick tente de se remettre à flot en exploitant le bar qu’il a ouvert avec sa soeur , Amy endosse le rôle de la parfaite femme au foyer. Mais le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Nick découvre leur maison sens dessus dessous et aucune trace de sa femme…

L’enquête qui s’ensuit ne va pas épargner Nick, puisque la police met à jour tous les secrets et non-dits des deux époux et qu’il devient le suspect principal. De son côté, Nick mène sa propre enquête afin de retrouver sa femme et découvre à cette occasion qu’elle lui dissimulait beaucoup de choses.

Gillian Flynn nous plonge dans un formidable thriller psychologique, avec des personnages bien campés auxquels on s’attache immédiatement  et dissèque de sa plume acérée une vie conjugale qui pourrait être la nôtre. A la fois roman de l’intimité, roman réaliste sur fond de crise financière américaine et thriller haletant, “Les Apparences ” est un livre à la maîtrise parfaite qu’on ne referme qu’à regret.

A dévorer sans modération!

 

 

 

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Le Vendée Globe … en librairie aussi!

Vendée Globe 2012-2013, le livre officiel, éditions du Chêne, 29.90 euros

La 7ème édition de la prestigieuse course partira des Sables d’ Olonne le 10 Novembre 2012. En attendant, on peut feuilleter ce très bel ouvrage regorgeant de superbes photos de la régate et relatant l’histoire des différentes courses et de leurs équipages. Un bel avant-goût pour les passionnés.

Seul autour du monde, la B.D du Vendée Globe, éditions Dargaud, 15.99 euros

Pour aborder de manière ludique la course, voici la B.D du Vendée Globe. Fondée sur de véritables témoignages de participants, Renaud Garreta et Alexandre Chenet nous plongent dans l’expérience de la course en solitaire, en suivant les aventures d’un skipper avec une B.D au dessin réaliste. On s’y croirait!

 

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L’envers du décor

Un héros: roman

“Un héros”, Félicité Herzog, Grasset

 

Félicité Herzog nous plonge dans le monde froid et aseptisé d’une enfance qui, contre toute attente, n’aura pas toujours été facile. Fille d’un monstre sacré, héros national sur qui se cristallisèrent les espoirs d’un peuple français meurtri par la guerre, Félicité Herzog raconte l’envers du décor : l’alpiniste prodige est un homme volage, séducteur, un père lointain voire indifférent qui délaisse ses enfants, pire : peut-être n’est-il qu’un usurpateur, héros autoproclamé de sa propre légende… Les français se seraient-ils trompés sur le glorieux alpiniste, décoré grand-croix en Septembre dernier?

Dans tous les cas, le décalage entre l’image publique et le père déplorable qu’il fut est la brèche dans laquelle s’engouffre l’amertume et la difficulté à vivre de ses deux enfants, Laurent et Félicité : elle s’enfuit aux USA (et dans le monde glacé de la finance) pour vivre, alors que son frère, jeune homme brillant, interné pour schizophrénie dès 1995, finira par succomber à ses démons. Ce qui pourrait être un brûlot familial devient, sous la plume de Félicité Herzog, qui écrit comme au scalpel, sec et coupant, un récit singulier et personnel où la tendresse affleure sous la lucidité volontaire du propos. Félicité Herzog écrit pour son frère, pour qu’il ne soit pas effacé, oublié comme l’oubliera leur propre père lorsqu’on lui demande, au détour d’une interview, le nombre de ses enfants.

Ce récit, que l’on peine à appeler roman, est avant tout une quête de vérité et de justice, au-delà de ce mirage qu’est la célébrité ; ce n’est pas une plainte de petite fille riche, mais le récit émouvant d’une jeunesse amère, à l’ombre d’un père qui n’était, peut-être, qu’un homme normal.

 

 

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Nos premiers coups de coeur de la rentrée littéraire 2012

Ca y est, la rentrée littéraire est là, avec ses 646 romans qu’il va falloir caser dans notre petite librairie ! Mais la rentrée littéraire, c’est d’abord des titres à soutenir et à défendre. Voici un aperçu de nos premiers coups de coeur…

 

Les lisièresBien sûr, on ne peut pas passer à côté du dernier livre d’Olivier Adam, “les lisières” chez Flammarion. Un auteur qui peut en agacer certains, mais qui trace son sillon en construisant une oeuvre très cohérente. En tout cas, “les lisières” est à mes yeux son roman le plus abouti, qui comprend ses thèmes récurrents : drames familiaux, difficulté d’être, misère sociale, mais qui est aussi une réflexion sur les banlieues et l’enfer périphérique qu’elles peuvent représenter. On retrouve son écriture épurée et sensible ; un roman fort et engagé, qui, sans aucun doute, marquera la rentrée.

La réparationDans un autre style, le roman de Colombe Schneck, “La réparation” m’a également charmé. L’auteur, qui a appelé sa fille Salomé, réalise qu’une histoire familiale chargée entoure le choix de ce prénom ; elle mène alors une véritable enquête familiale qui l’entraîne dans le ghetto de Kovno, où elle va retrouver ses tantes et sa mystérieuse petite cousine, Salomé, dont le destin tragique hante sa famille. Un roman émouvant et une véritable leçon de vie.

Tigre, tigre !

Un petit dernier pour la rentrée étrangère, le roman de Margaux Fragoso, “Tigre, tigre!”, roman totalement atypique qui retrace la relation ambiguë entre Margaux, sept ans, et Peter, un ami de sa mère d’environ cinquante ans. Sa maison est pour la petite fille un véritable paradis fait de jeux et d’animaux exotiques ; Peter est d’abord pour elle un ami, puis devient un père et un amant. C’est cette relation spéciale, qui durera une quinzaine d’années, que nous décrit Margaux, dont ce récit est l’histoire. Entre manipulation et affection, aveu et déni, ce récit écrit comme un roman est bluffant. A découvrir.

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Le pavé de l’été

Les débutantesLes Débutantes, J. Courtney Sullivan, éd Rue Fromentin, 22euros

Sally, Bree, April et Célia n’ont pas forcément d’atomes crochus lorsqu’elles se rencontrent à l’université de Smith, à Northampton, dans le Massachussetts, école qui a la particularité d’appartenir aux sept universités exclusivement féminines des Etats-Unis ( les « sept soeurs »). C’est dans ce cadre singulier que les liens entre les quatre jeunes filles vont peu à peu se nouer, d’abord par leur proximité imposée : toutes quatre se retrouvent dans des chambres de bonne sous les toits, partageant la même salle de bain.

Entre Célia, l’écrivain en herbe issue d’une famille catholique pratiquante, Bree, la belle jeune fille du Sud, Sally, la parfaite B.C.B.G qui vient de perdre sa mère, et April, la rebelle féministe aux allures de garçonne qui doit travailler pour payer ses études, une amitié très forte va naître.

Quelques années plus tard, Sally va se marier sur le campus de Smith et invite ses trois amies à être ses demoiselles d’honneur ; c’est le point de départ du roman et une invitation à explorer la relation entre les filles, leurs aspirations personnelles, leur confrontation à la vraie vie au sortir du cocon que formait Smith, la façon dont chacune va creuser son propre sillon et, peut-être, trouver sa voie.

«Les débutantes » est, tel que l’indique son titre, un roman d’apprentissage ; c’est aussi un superbe roman sur l’amitié féminine, une réflexion assez juste sur la condition des femmes dans notre société, tiraillées entre devoirs et aspirations, travail et maternité. Les personnages cherchent leur voie (l’une d’elle sur le plan sexuel notamment) et c’est ce qui les rend touchant (-es, devrais-je dire, puisque tout est féminin dans ce roman). Si la couverture très « girly » et le côté « pavé » (517 pages!) m’ont un peu rebuté au départ, j’ai plongé dans ce roman à plusieurs voix avec bonheur et ne voulais plus quitter les quatre filles que j’avais la sensation de connaître. Malgré quelques petites maladresses (intrigue parfois cousue de fil blanc), l’auteur s’est amusée à pulvériser les clichés en allant au-delà des apparences, créant ainsi des héroïnes infiniment attachantes. Un vrai plaisir de lecture.

Si vous ne savez pas quoi lire sur la plage voilà LE pavé de l’été 2012 !

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La résilience de Jeanette

“Pourquoi être heureux quand on peut être normal?”, Jeanette Winterson, éditions de l’Olivier

 

Dans ce livre au titre intriguant, Jeanette Winterson nous livre le récit poignant de son enfance près de Manchester dans les années soixante. Petite fille adoptée dans une famille qui n’en est pas vraiment une, Jeanette grandit dans un milieu ouvrier, entre un père effacé et une mère instable, bigote et sévère.

Un récit qui pourrait être celui d’une descente aux enfers puisque la petite fille est mal aimée et maltraitée, parfois mise à la porte de chez elle, enfermée dans la réserve à charbon… puis réellement chassée lorsque sa mère la découvre dans les bras d’une petite camarade. A sa fille adolescente qui tente alors d’exprimer ses aspirations  “je veux seulement être heureuse”, Madame Winterson oppose cette réponse redoutable : “mais pourquoi être heureux quand on peut être normal?”

C’est à cette question que répond l’auteur, des années après. Et sa réponse prend la forme d’un récit passionnant, émaillé de réflexions sur la question de l’identité, du sens de la vie, de la recherche du bonheur, qui sont autant de fulgurances laissant son lecteur ébloui. Le passage des années a donné à l’auteur le recul nécessaire pour nous offrir un récit tendre et féroce, d’une pudeur remarquable et qui fait de sa mère, Madame Winterson, un personnage truculent digne des grandes figures de la littérature.

Un tour de force.

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Au mois d’Avril, lisez Madame Hemingway!

Madame HemingwayMadame Hemingway, de Paula MacLain, éditions Buchet chastel

 

Chicago, 1920. Dans les premiers balbutiements du jazz, Hadley Richardson, jeune femme du Midwest allant sur ses 28 ans, croise dans une soirée le jeune Ernest Hemingway, 20 ans, qui n’est alors qu’un bel inconnu fascinant l’assistance par ses récits de la grande guerre, dont il est rentré blessé à la jambe. Il est fan de jazz, elle joue du piano classique avec passion ; il est entier et très déterminé ; elle semble plus sensible et discrète ; cependant leurs coeurs s’accordent immédiatement et leur mariage est célébré très rapidement.

Dès 1921, ils s’embarquent pour l’Europe et le Paris des années folles, où ils rencontreront la crème des artistes et écrivains de la “génération perdue” : Scott et Zelda Fitzgerald, Gertrude Stein, Ezra Pound…Dans une ambiance de fête permanente où l’alcool coule à flots, le jeune couple mène une vie de bohème et de vaches maigres puisqu’Ernest n’a encore rien publié des oeuvres qui le rendront célèbre. Leur amour et leur complicité survivront-ils à cette existence faite d’excès?

Paula MacLain a pris le parti de s’attaquer à la légende Hemingway par le prisme du regard de sa première épouse (il en eut  4!) alors qu’il n’était qu’un illustre inconnu. Et c’est ce parti pris qui rend le roman passionnant car on s’attache beaucoup à la figure d’ Hadley, jeune femme honnête et romantique, véritable port d’attache du fringant Hemingway et qui le restera peut-être toute sa vie.

Un livre qui peut toucher les amateurs de biographies, de romans historiques, mais aussi les lecteurs de romans plus intimistes. Un régal!

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