Qui a peur de Sophie Stark?

Résultat de recherche d'images pour "livre sophie stark"Vie et mort de Sophie Stark, Anna North, éditions Autrement, 22 euros

Voilà un roman atypique qui sait surprendre et harponner son lecteur. A travers le prisme du regard de ses proches (sa petite amie, Alison; son frère, Robbie ; son futur mari, Jacob, et d’autres encore), c’est un portrait en creux de Sophie Stark qui se dessine devant nos yeux. Et c’est bien ce kaléidoscope qui est intéressant car le personnage de Sophie y apparaît dans toutes ses nuances et ses paradoxes : de la jeune fille timide, voire socialement inadaptée, on passe à la star du cinéma underground et enfin à l’artiste déterminée mais torturée.

Anna North explore la question de l’inspiration et de l’aspect vampirisant que peut revêtir le travail de l’artiste ; elle met également en exergue la figure de l’artiste lui-même, reflet de la société qu’il dénonce. Le personnage de Sophie laisse une empreinte forte sur les personnes qu’elle rencontre et son ascension semble sans limites, mais le revers de la médaille nous montre une personne qui n’a pas de consistance réelle et semble se nourrir des expériences intimes de ses semblables, une personne pleine de failles et de fragilité, qui ne parvient pas à créer un lien avec les autres hormis à travers son art.

Ainsi Sophie Stark est un personnage à la fois fascinant (comme peut l’être une oeuvre d’art) et répulsif par son manque flagrant d’empathie, qui nous hérisse parfois au cours du récit. Variations autour de la figure de l’artiste contemporain, “Vie et mort de Sophie Stark” se lit comme une enquête. Captivant.

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L’anti “feel-good book” qui nous bouleverse

Résultat de recherche d'images pour "camille mon envolee"Camille, mon envolée, Sophie Daull, éditions Philippe Rey, 16 euros

Ce livre n’est pas un livre facile, ce livre n’est pas un de ces “feel-good book” en vogue actuellement  et c’est justement pour ça qu’on l’aime. C’est un livre coup de poing, le cri de détresse d’une mère à qui la vie a arraché sa fille de 16 ans, mais c’est aussi le chant d’amour de cette femme pour sa fille, un chant célébrant la vie dans toute sa beauté, son absurdité, son ironie.

Sophie Daull commence à écrire dans les premiers jours qui suivent la mort de Camille, au terme de 4 jours d’une fièvre sidérante, juste avant Noël. Ecrire pour ne pas sombrer et pour ne pas oublier Camille et son regard “franc, droit, lumineux” . Elle évoque les moments quotidiens, les anicroches, les engueulades, les fous rires mais aussi la gestion au jour le jour de l’ “après” : l’organisation des funérailles, la distribution des objets, peluches, vêtements, ayant appartenu à l’adolescente.

Ce témoignage poignant nous émeut par son aspect universel, par la description si juste de la perte d’un être cher – Sophie Daull tente de décrire, avec des mots simples, l’innommable, l’inimaginable,  comme elle le dit : “nous n’avons pas de nom (…) il n’existe pas de mot pour désigner celui ou celle qui a perdu son enfant”. Son livre n’est pas seulement un très bel hommage, mais aussi un acte de résistance et de courage.

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Vous adorerez la détester…

La vie selon Florence Gordon par MortonLa vie selon Florence Gordon, Brian Morton, éditions Plon, 21,90 euros

Alors qu’elle entame la rédaction de ses mémoires, Florence, auteur féministe culte des années 70 un peu oubliée, voit son fils Daniel se réinstaller à New-York, flanqué de sa femme Jeanine et de leur fille Emily. Bientôt leurs préoccupations et problèmes relationnels semblent envahir l’espace de la vieille dame, menaçant sa sacro-sainte tranquillité…

On adore détester le personnage de Florence Gordon, mère et grand-mère indigne qui abhorre le métier choisi par son fils (policier), écorche le prénom de sa petite-fille et supporte mal l’admiration béate que lui porte sa belle-fille. L’aïeule acariâtre suscite malgré tout une certaine sympathie car elle suit ses désirs quitte à déplaire et conserve sa liberté d’action en toutes circonstances, renvoyant dans ses pénates l’ “ange du foyer” dont se méfiait déjà Virginia Woolf. Florence est le personnage principal haut en couleur d’une galerie de portraits remarquablement décrits : Daniel, policier ayant étouffé dans l’oeuf des velléités d’artiste,  Jeanine, quadragénaire en proie au doute sur son couple et enfin Emily, la petite-fille frondeuse et pleine d’énergie qui va oser se mesurer à Florence et, peut-être, fendre son armure.

Brian Gordon nous régale avec ce roman d’apparence léger qui soulève des réflexions souvent justes sur la famille, les relations entre les êtres et aborde sans y toucher des thèmes auxquels on ne s’attend pas, entre autres le féminisme et la question de la réalisation de soi, l’égoïsme appliqué aux femmes apparaissant toujours un peu monstrueux – comme l’illustre le personnage de Florence. Un roman réjouissant et intelligent ; attention : vous ne pourrez pas le lâcher!

 

 

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Les bonnes feuilles de l’automne

Résultat de recherche d'images pour "livre les gens dans l'enveloppe"Les gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin, éditions JC Lattès, 22 euros

Voilà un drôle de roman, fruit d’une démarche artistique singulière qui en fait un concept à part entière. En 2012, l’auteur achète à un brocanteur sur Internet une enveloppe contenant les photos d’une famille dans les années 70. Elle va écrire le roman de ces “gens dans l’enveloppe”, imaginer, à partir des photos, leur quotidien, leurs espoirs et leurs failles intimes. Le roman se découpe en deux parties : une première partie “romancée”, au milieu le cahier-photo des personnages, puis vient la seconde partie, l’enquête menée par l’auteur pour tenter de retrouver les membres de cette famille.

Cette construction particulière fait du roman une sorte d’OVNI littéraire qui nous intrigue et nous touche : les “gens dans l’enveloppe”, c’est un peu nous, c’est la France des années 70 qu’on a connue, du papier-peint psychédélique au pull rayé qui gratte. La force du roman réside dans ses personnages, figures de la classe moyenne de l’époque, qui nous émeuvent parce qu’ils nous ressemblent, mais aussi dans l’enquête, qui révèle de troublantes coïncidences entre fiction et réalité. Un roman attachant qui décrit le mystère que recèle chaque vie et que l’on a parfois du mal à percevoir. Une découverte.

Résultat de recherche d'images pour "livre juste avant l'oubli" Juste avant l’oubli, Alice Zeniter, Flammarion, 19 euros

Le fantôme d’Agatha Christie hante l’atmosphère de ce dernier roman d’Alice Zeniter. Une poignée de passionnés universitaires se réunissent sur l’île de Mirhalay, au large de l’écosse, pour rendre hommage au grand écrivain Galwin Donnell, qui s’y donna la mort en se jetant d’une falaise. Cette fois-ci, c’est la jeune thésarde Emilie qui organise le colloque rituel. Son compagnon Franck, modeste infirmier sans prétention, doit la rejoindre et compte bien lui proposer un avenir amoureux tout tracé. Mais sur l’île, rien ne se passe comme prévu…

A travers ce regroupement de spécialistes autour de la figure de l’écrivain maudit Galwin Donnell, sorte de mélange entre Ernest Hemingway, Peter May et Romain Gary, Alice Zeniter nous offre la peinture ironique d’une communauté d’intellectuels ergotant sur des points de détail pour notre plus grand bonheur. Mais c’est aussi le roman de la fin d’un couple et le portrait en creux de l’héroïne dans le regard amoureux de Franck, ainsi qu’un roman policier – car Galwin Donnell s’est-il vraiment jeté du haut de la falaise?

Servi par une écriture fluide et résolument contemporaine, “Juste avant l’oubli” est une des bonnes surprises ce cette rentrée littéraire.

 

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D’après un numéro de funambule…

Résultat de recherche d'images pour "livre delphine de vigan d'apres une histoire vraie"D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, éditions JC Lattès, 20 euros

Sidération, c’est l’état dans lequel nous laisse le livre de Delphine de Vigan, l’état dans lequel se trouve son personnage à la fin du récit de cette relation d’emprise remarquablement décrite et comme disséquée au scalpel par la romancière/narratrice. “D’après une histoire vraie” met en scène l’auteur au moment où son lecteur fidèle l’avait laissé, c’est-à-dire en 2011, lors de la parution de son best-seller “Rien ne s’oppose à la nuit” : empreinte de lassitude, vidée par la promotion et le succès inattendu de ce livre très personnel, solitaire depuis le départ de ses jumeaux à l’université, l’auteur semble dans un état de fragilité inhabituel et se voit dans l’impossibilité d’écrire.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le personnage de L., jeune femme rencontrée lors d’une soirée et qui va peu à peu s’immiscer dans sa vie jusqu’à devenir son interlocutrice privilégiée, lui prodiguant conseils et parfois semonces sur son écriture et l’avancée de son prochain livre. Cette relation amicale intime dérive insensiblement vers autre chose, qu’on ne saurait nommer et qui envahit insidieusement le récit, divisé en trois parties comme les trois phases de la relation (séduction, dépression, trahison).

Delphine de Vigan joue ici une partition très subtile, entre manipulation de ses personnages et de ses lecteurs : qui abuse qui ? L. a-t-elle vraiment existé, ou n’est-elle que la “petite voix” de l’inspiration qui souffle à l’auteur ce qu’elle doit écrire ? Avec ce roman à l’allure de thriller, l’auteur joue avec nos peurs et nos obsessions contemporaines avec brio ; on assiste au déroulement du récit en retenant son souffle, comme devant un numéro de funambule, car c’est bien elle-même que l’auteur met en danger. Bravo!

 

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L’enchanteur du quotidien

Résultat de recherche d'images pour "livre l'intensité secrète de la vie quotidienne"L’intensité secrète de la vie quotidienne, William Nicholson, Livre de poche, 8,10 euros

Tout le sel de ce roman est dans son titre! Si vous cherchez de l’action ou du suspense à tout crin, passez votre chemin, vous risquez de décrocher. Mais si vous aspirez à rencontrer des personnages qui vous ressemblent comme deux gouttes d’eau, à sonder les atermoiements de leurs âmes et à assister à la comédie sociale d’un petit village du Sussex pendant 8 jours, ce livre est fait pour vous.

William Nicholson nous avait déjà enchanté avec son livre “Quand vient le temps d’aimer”. Un seul bémol: les personnages étant plus nombreux, il est parfois plus difficile de s’y retrouver. Le personnage central est Laura, la quarantaine, archiviste, mariée à Henry avec qui elle a deux enfants et une existence assez paisible. Mais voilà que ressurgit Nick, son amour de jeunesse, bousculant son quotidien et ravivant certaines blessures anciennes. Autour de Laura gravitent une douzaine de personnages, dont Liz, mère célibataire, Alan, professeur et aspirant écrivain, le pasteur de la paroisse dont la foi s’est étiolée, un agriculteur au bout du rouleau face aux néo-ruraux envahissant le village, une vieille dame qui ne vit que pour son chien…La grande force du roman n’est pas ce qui s’y passe, mais bien la façon dont l’auteur sait être au plus près de ses personnages, de leurs sensations et réflexions intimes. Ainsi William Nicholson saisit la vie quotidienne dans son essence même, entre factures à payer et autres tuiles habituelles du quotidien, et les pensées secrètes tournoyant dans chaque cerveau solitaire.

Un roman dans lequel le quotidien prend toute son intensité, à la façon de certaines séries télé (Twin Peaks notamment), grâce au regard bienveillant de l’auteur. Un livre humain avant tout, dont on sort plus indulgent envers les petits travers de nos semblables…Chapeau, Mr.Nicholson!

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Vacances explosives en perspective

Résultat de recherche d'images pour "livre les vacanciers emma straub"Les vacanciers, Emma Straub, éditions Presses de la cité, 21 euros

Voici un premier roman pétillant et mordant, plus proche de la comédie sociale que de calmes vacances au long cours. Franny, quinquagénaire tonique, a organisé des vacances à Majorque pour fêter ses 35 ans de mariage avec son mari, Jim, ainsi que le diplôme de fin d’année de sa fille, Sylvia. Elle veut réunir sa famille (Sylvia, son frère Bobby et sa compagne, Carmen) et un couple d’amis homosexuels, Charles et Lawrence. Mais à la veille du départ, elle apprend que Jim a eu une relation extraconjugale avec une stagiaire… Qu’à cela ne tienne! La volontaire Franny maintient son programme de vacances contre vents et marées (et crise conjugale…) alors que les événements prennent une tournure inattendue…

A partir de ce canevas simple, Emma Straub trempe sa plume dans l’acide pour dépeindre ce groupe qui semble se déliter sous nos yeux : Sylvia ne pense qu’à perdre sa virginité avant l’entrée à la fac, Bobby n’assume pas son choix de couple et cache de périlleux secrets, Jim et Franny tâchent de sauver ce qu’il reste de leur couple, tandis que Charles et Lawrence attendent la réponse pour une éventuelle adoption qu’ils ont tenue cachée. Dissimulation, faux-semblants et sentiments exacerbés par ce huis-clos “paradisiaque”, telle est la recette concoctée par Emma Straub pour réjouir nos propres vacances et nous tendre un miroir… on l’espère déformant!

Laissez vous tenter par ce roman ironique et léger, une lecture de vacances oui, mais de qualité.

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Pour frissonner sous le soleil

Résultat de recherche d'images pour "la fille du train"La fille du train, Paula Hawkins, éditions Sonatine, 21 euros

Ce livre a quelque chose d’entêtant, de récurrent, qui nous prend peu à peu dans ses filets, à la manière de son élément central, ce train de banlieue qu’emprunte chaque jour Rachel, à 8h04 le matin et 17h56 l’après-midi. Chaque jour, assise au même endroit mais pas toujours dans les mêmes dispositions, elle observe une jolie maison en contrebas et le couple qui l’habite, inventant leur quotidien, échafaudant des scénarios… jusqu’au jour où elle aperçoit un autre homme à la fenêtre. Le couple qu’elle imaginait parfait se fissure alors, d’autant plus que dans les jours qui suivent, les journaux annoncent la mystérieuse disparition de la jeune femme.

A partir d’un personnage ordinaire (cette “fille du train” un brin voyeuse qui s’invente des histoires, cela pourrait être nous), Paula Hawkins construit une intrigue redoutable, cocktail détonant mêlant amours déçues, désir d’enfant, recherche d’une certaine norme ou d’un idéal inaccessible. Ce livre est déjà un classique du thriller : à la manière des policiers d’Agatha Christie, il interroge notre propre recherche de la norme et du bonheur standardisé, en mettant en scène une héroïne un peu déchue, un peu paumée, qui nous entraîne dans le brouillard de ses propres sensations jusqu’à un dénouement imprévisible.

Un coup de maître.

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Notre sélection de livres de poche pour l’été

Les Brumes de l'apparence (Babel)Les brumes de l’apparenceFrédérique Deghelt, collection Babel, 8.80 euros

Lorsqu’elle apprend par un notaire de province qu’elle a hérité d’un bout de terre perdu dans le centre de la France, Gabrielle, parisienne de 40 ans à la vie bien remplie, est bien décidée à s’en débarrasser au plus vite. Elle parcourt la France afin de rejoindre le lieu-dit en question et signer actes de propriété et de mise en vente dans les meilleurs délais.

Arrivée sur les lieux et accompagnée par l’agent immobilier du coin, Gabrielle découvre un lieu étrange, composé de ronces et d’arbres à l’abandon, où une maison délabrée se dresse, restée en l’état depuis des décennies. Jean-Pierre, l’agent immobilier, ne cache pas à Gabrielle que le bien sera très difficile à vendre car dans la région, toutes sortes de légendes circulent sur ce territoire mystérieux. La jeune femme est résolue à éclaircir le mystère qui entoure sa terre et à retrouver ses racines, en commençant par faire la connaissance de cette tante dont sa mère ne lui a jamais parlé, et qui habite toujours le village…

Crise de la quarantaine ou remise en cause plus profonde de son identité, le roman mène Gabrielle (et nous, lecteurs) sur des sentiers inattendus et vers des questions essentielles, celles du sens de la vie et de l’existence d’un au-delà. Un roman qui ressemble à un conte mystique et qui nous surprend, nous happe et nous pousse dans nos retranchements. A lire absolument!

CouvertureEn finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis, collection Points, 6.90 euros

Ce roman, à mi-chemin entre roman et récit autobiographique nous raconte l’enfance et l’adolescence d’Eddy, garçon différent et effeminé dans une famille pauvre de picardie. Le jeune garçon ressent confusément sa différence, mais c’est la violence du réel qui l’y confronte et qu’il subira jusqu’à ce qu’il quitte sa famille, s’extirpant de cette gangue de brutalité.

“En finir avec Eddy Bellegueule”, c’est d’abord cela : le récit brut d’un quotidien violent et excluant, imposé au narrateur comme au lecteur et contre lequel on ne peut rien. “En finir avec Eddy Bellegueule” aurait aussi pu s’appeler “en finir avec le déterminisme social” puisque le livre lui-même est la revanche d’un jeune garçon contre les mots qui l’ont identifié si longtemps, ces mots pauvres et insultants qui atteignent pourtant leur cible. Dire cette violence était certainement une question de survie pour l’auteur, et la dire de cette manière, avec les mots même de ceux qui l’ont fait souffrir.

Cependant, aucune plainte, aucun apitoiement sur soi-même dans ce texte cru qui relate le quotidien morne d’un certain milieu social un peu oublié des élites : la télévision allumée dans chaque pièce de la maison, le père qui dépense la paye en boisson et se bat,  les brimades au collège, les ivresses du week-end au foyer des jeunes…Edouard Louis ne juge pas mais constate, il décrit surtout ce qui a constitué son identité, de laquelle il veut désormais s’affranchir.

Un livre qui est un uppercut, un cri du coeur, à ne pas rater en format poche!

Résultat de recherche d'images pour "livre les liens du mariage poche"Les liens du mariage, J.Courtney Sullivan, collection Le Livre de Poche, 8,30 euros

Comme dans ses deux précédents romans, J.Courtney Sullivan mêle les destins de plusieurs personnages et nous offre un roman choral qui évoque irrésistiblement un bon film.

Ici le fil qui relie les personnages est plus ténu et ce mystère participe à la saveur du roman, qui s’étend sur des décennies (entre 1947 et 2012). De Frances, publicitaire du diamant dans les années 50 et célibataire endurcie, à Kate, jeune femme contemporaine fuyant le mariage comme la peste -alors qu’elle organise celui de son meilleur ami gay-, c’est à une analyse détaillée de la vie de couple, du mariage et de ses évolutions que nous convie l’auteur.

Etrangement, c’est le sentiment de solitude profonde des êtres qui ressort de ce roman sur le mariage et nous rend ses personnages si proches et attachants. On a, bien entendu, plus ou moins d’affinités avec tel ou tel personnage, mais la plume alerte, à la fois ironique et tendre (et bourrée de références) de l’auteur nous entraîne dans ce roman passionnant qu’on ne lâche plus. Un pavé en poche, à lire sur votre serviette de plage!

 

Résultat de recherche d'images pour "livre les mensonges perry pocket"Les mensonges, Karen Perry, collection Pocket, 7,70 euros

Harry est peintre et vit à Tanger avec sa femme Robin, architecte, et leur fils de 3 ans, Dillon. Leur bonheur vole en éclats lorsque celui-ci disparaît dans les décombres de leur maison lors d’un tremblement de terre…son corps ne sera jamais retrouvé. Anéanti, le couple retourne vivre en Irlande.

Cinq ans plus tard, Robin est à nouveau enceinte. Si Harry est rongé par la culpabilité (l’enfant était sous sa surveillance quand le drame s’est produit) et hanté par le visage de Dillon dont il dessine croquis sur croquis, l’espoir semble renaître et le couple est disposé à tirer un trait sur son passé. Jusqu’au jour où Harry croit apercevoir Dillon tenant la main d’une femme au milieu d’une manifestation à Dublin…Mirage ou réalité?

Les voix de Robin et Harry alternent pour nous décrire leurs versions des faits et c’est à une dissection de la vie de couple que l’on assiste, entre non-dits et secrets enfouis. De révélations en rebondissements, un bon thriller psychologique pour frissonner au soleil! Si vous avez aimé “Les Apparences”, n’hésitez pas!

Les Suprêmes de Edward Kelsey Moore, collectionBabel,  9,70 €.

OdetteClarice et Barbara Jean sont trois femmes noires américaines qui vivent àPlainview (sud de l’état de l’Indiana) une banlieue noire de Louisville. Elles se connaissent depuis les années 60, celles de leur jeunesse, elles sont depuis inséparables au point qu’on les surnomme “Les Suprêmes” en référence au groupe de Diana Ross dont on écoutait les tubes à la radio ces années là. Année après année elles ont fait leurs vies à un moment où on voit l’émergence d’une classe moyenne “de couleur” qui malgré l’accession à plus de confort n’en reste pas moins cantonnée au périmètre qui les a vu naître.

Le roman est une chronique douce-amère d’un quartier noir de cette petite ville du midwest. Le sud est loin, les grandes métropoles aussi. Pourtant les clivages restent les mêmes. Edward Kelsey MOORE se sert des clichés de la population noire comme pour mieux mettre en évidence ses singularités. Les hommes sont parfois infidèles, parfois brutaux quand les femmes doivent faire face avec leur détermination voire leur tempérament aux vicissitudes d’un quotidien tantôt chaleureux, tantôt difficile où se mêlent la religion, l’amour, la mort et par dessus tout l’amitié comme pour faire écran à ce qui ne se dévoile que progressivement comme pour en donner toute la mesure : la ségrégation, toile de fond de cette “sitcom” attachante mais qui apparait en filigrane plus grave qu’elle ne parait de prime abord.

Ce livre commence comme une comédie qu’on pourrait lire avec les tubes de laMotown en fond sonore et tourne progressivement au roman plus réaliste et plus rugueux et ce sont Aretha Franklin et OtisRedding qui sont alors convoqués pour la B.O. Loin des raccourcis manichéens sur le racisme il donne une vision nuancée d’une société qui tente d’effacer les tâches laissées par l’héritage de l’esclavage sans pour autant  parvenir à en chasser les fantômes d’un coté comme de l’autre. Un livre à placer dans le prolongement des “Beignets de tomates vertes“,” La couleur des sentiments” et des “12 tribus d’Hattie“.

Un roman profondément attachant à ne surtout pas rater. Comme le proclame le bandeau: “Les Suprêmes” : elles vont devenir vos meilleures amies. C’est vrai !

 

 

 

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Cet été, si vous ne devez en lire qu’un seul…

Résultat de recherche d'images pour "livre les intéressants"Les intéressants, Meg Wolitzer, éditions  Rue Fromentin, 23 euros

Lisez celui-ci! De Meg Wolitzer, on avait déjà apprécié le précédent roman, “La Position”, mais c’est dans Les Intéressants que sa voix prend toute son ampleur et se déploie admirablement sur plus de 500 pages. Elle nous raconte l’histoire d’un groupe de jeunes gens qui sympathisent à l’occasion d’un camps d’été nommé Spirit-in-the-woods, en 1972, et qui se baptisent eux -même “les intéressants”. Il y a là Goodman et sa soeur Ash, rejetons d’une famille huppée de New-York ; Jonah, beau garçon discret, fils de la chanteuse folk Susannah Bay ; Ethan Figman, ado au physique ingrat mais surdoué des films d’animation ; Cathy Kiplinger, qui rêve de devenir danseuse, et enfin Jules, la narratrice principale de ce roman, ado pleine d’esprit mais issue d’une famille modeste, qui se sent enfin exister au sein de ce groupe disparate.

Meg Wolitzer s’empare de son sujet et le possède si bien qu’on a hâte de suivre les destins de ses personnages ; d’une banale amitié adolescente perdurant tant bien que mal à l’âge adulte, elle fait une fresque sociale et humaine passionnante s’étendant sur plus de quarante ans. Contre toute attente, Ethan épousera Ash, avec qui il connaîtra succès et drames ; Jonah se détournera de la musique ; Goodman devra faire face à la justice. Quant à Jules, elle cherchera sa place pendant de longues années en essayant de retrouver le bonheur furtif connu à Spirit-in-the-woods…En filigrane du roman, l’auteur nous pose plusieurs questions : qu’est-ce qu’une vie réussie? Le talent, la richesse,sont-ils des gages de bonheur? Et qui peut décider si une vie vaut plus ou moins qu’une autre?

Toutes ces questions se bousculent pendant que nos personnages se débattent avec leurs problématiques personnelles qui nous rappellent tout naturellement les nôtres, grâce au regard empreint d’empathie de l’auteur. Un roman ambitieux et maîtrisé, porté par des personnages terriblement attachants dont on peine à se séparer quand se profile le mot “fin”… Une prouesse. A lire d’urgence !

 

 

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